La Haute-Normandie est une région de France,
créée en 1956, qui regroupe deux départements : Seine-Maritime et Eure.
Elle correspond à la partie
orientale de l'ancienne province de Normandie.
Histoire
La Normandie est une province du nord-ouest de la France de
l’Ancien Régime. Peuplée initialement de tribus celtes (Armoricains à
l'ouest, Belges à l'est), elle fut conquise en 56 av. J.-C. par
les légions romaines avant d’être intégrée à la Lyonnaise par Auguste.
Au IVe siècle, Gratien divisera la province en civitates qui constitueront ses
frontières historiques. À la chute de Rome au Ve siècle,
le pouvoir franc s’y
installe et encourage le développement du monachisme chrétien – abbaye
de Saint-Ouen (Abbatiale Saint-Ouen de Rouen,
vers 641 ), abbaye de
Saint-Wandrille ( vers 649) et abbaye de Jumièges (654 ) – et
substitue le pagus à la civitas avant son intégration à
l’Empire carolingien. À partir de la fin du VIIIe siècle, des pillards vikings dévastèrent la
région puis s’y implantent en fondant le duché de Normandie en 911.
Après un
siècle et demi d’expansion, les frontières de la Normandie demeurent
très stables puisqu’elles sont encore approximativement celles des deux
régions administratives, la Basse (Manche, Calvados, Orne) et la
Haute-Normandie (Eure, Seine-Maritime). Intégrée au domaine royal en
12041,
elle fut particulièrement frappée par les conséquences de la guerre de
Cent An et des guerres de religion, étant un
des principaux foyers du protestantisme en France. Au XXe siècle, les effets de la bataille de Normandie
ravagèrent bien
des villes de l'ancienne province, notamment Saint-Lô,
Le
Havre et Caen.
Séparée en deux régions en 1956, des
projets de restauration de l’unité de la Normandie sont à l’étude.
Préhistoire
et Antiquité
La Normandie avant la
conquête romaine
La présence humaine dans la région est attestée dès les temps
préhistoriques par de nombreuses trouvailles d’industrie lithique
surtout dans l’Eure et le Calvados, mais également en Seine-Maritime. La
grotte de Gouy près de Rouen, qui
possède des gravures pariétales, est la grotte ornée la
plus septentrionale d’Europe (une autre grotte, la grotte d'Orival2 très peu étudiée, se trouve à 11 km de Gouy sur la rive gauche de la Seine). De nombreux mégalithes encore
visibles parsèment d’une façon assez régulière la campagne
normande.
Carte des peuples gaulois
L’histoire celtique de la Normandie est plus simple à établir,
grâce à des sources archéologiques assez abondantes et datées de façon
certaine. Dès le XIXe siècle,
des érudits locaux, comme l’abbé Cochet3 et Léon Coutil, ont étudié
l’archéologie principalement de la Haute-Normandie et consigné leurs
découvertes et fouilles dans des ouvrages de référence. La découverte
d’objets marquants comme le casque gaulois doré
d’Amfreville-sous-les-Monts (IVe siècle av.
J.-C.) ou celui en fer du musée de Louviers, des sites comme la
grande nécropole de
Pîtres4 (Eure), avec ses urnes à
incinérations,
ses épées enroulées et traces de tombe à char, ou de la nécropole datant
de la fin de la période de Hallstatt ou du début de celle de la Tène à
Ifs dans
le Calvados, témoignent de la présence
gauloise en Normandie.
Le peuple celte des Belges s’installe en Normandie par vagues
successives
entre le VIe siècle av.
J.-C. et le IIIe siècle av.
J.-C.. C’est le témoignage de Jules
César (La Guerre des Gaules)
qui nous permet d’identifier les différents groupes gaulois occupant la
région et groupés dans les oppida ou des villages agraires à enclos. En
56 ou 57 avant J.-C.,
ces populations se groupent pour résister à l’invasion des légions
césariennes. Après la défaite gauloise d’Alésia, les peuples de
Normandie continuent
la lutte pour un temps restreint et en 51 av. J.-C.,
toute la Gaule est soumise à Rome.5
Liste des peuples gaulois et de
leur chef-lieu établis dans l’actuel territoire de la Normandie :
- Abrincates (Ingena, aujourd’hui Avranches),
- Aulerques Diablintes (Noviodunum,
aujourd’hui Jublains),
- Aulerques Éburovices (Mediolanum,
aujourd’hui Évreux),
- Bajocasses (Augustodurum, aujourd’hui Bayeux),
- Calètes (Juliobona, aujourd’hui Lillebonne),
- Lexoviens (Noviomagus, aujourd’hui Lisieux),
- Unelles (Cosedia, aujourd’hui Coutances),
- Véliocasses (Rotomagus,
aujourd’hui Rouen),
- Viducasses (Aregenuae, aujourd’hui Vieux).6
La
civilisation romaine en Normandie
statue de Jupiter Stator, retrouvée à Gisacum et conservée au musée
d’Évreux.
Théâtre gallo-romain de
Lillebonne
Tête d’un dieu romain en bronze, retrouvé à Lillebonne,
musée des antiquités de la Seine-Maritime
Mosaïque d’Orphée
retrouvée à Lillebonne, musée des antiquités de la Seine-Maritime
En 27 av.
J.-C., l’empereur Octave Auguste réorganise le territoire gaulois et
fait passer les Calètes et les
Véliocasses dans la province de Lugdunaise, dont la capitale est Lyon.
La
romanisation de la Normandie, comme ailleurs en Occident, passe par la
construction de routes romaines et par une politique d’urbanisation.
On connaît de nombreuses villa gallo-romaines sur le territoire
normand,
notamment grâce aux fouilles de sauvetage opérées pendant la
construction de l’A29, en Seine-Maritime. Ces habitations rurales, au
cœur d’un domaine foncier, pouvaient adopter deux grands types de plan.
Le premier pouvait être longiligne, avec une façade ouverte vers le
sud ; le deuxième s’inspirait davantage des villas italiennes, offrant
un aspect ramassé et organisé autour d’une cour carrée. C’est le cas de
la riche villa de Sainte-Marguerite-sur-Mer, entre Dieppe et
Saint-Valery-en-Caux. Les constructeurs
de ces villas utilisaient les matériaux locaux : silex, craie,
calcaire,
brique, torchis.
Le chauffage des bains ou de certaines pièces emprunte le procédé de
l’hypocauste romain (villa suburbaine de Vieux-la-Romaine).7
L’agriculture fournit du blé et du lin, d’après Pline l’Ancien.
Enfin, dans les campagnes normandes de
l’antiquité, les fana (petits temples à plan centré, en général
carré, de tradition celtique ) sont nombreux. On en situe un exemple à
l’ouest d’Harfleur. Les fouilles ont aussi révélé la présence
de nombreuses statuettes de déesses-mères en terre
cuite, dans les tombes et les maisons normandes. Ainsi, au
Vieil-Évreux,
il existe un des plus importants centres de pèlerinage d’Europe qui
comprenait un forum, des thermes romains, une basilique monumentale,
deux fana et le deuxième plus grand théâtre de Gaule.8
Crises
du IIIe siècle et mutations du Bas-Empire
A partir du deuxième tiers du IIIe siècle,
les raids « barbares » dévastent de
nombreux lieux de la région normande. Les traces d’incendies et les
trésors monétaires enfouis à la hâte montrent les progrès de
l’insécurité en Gaule du Nord. Le littoral doit faire face à la
piraterie maritime des Saxons, mais aussi des Francs et
des Frisons. C'est dans ce contexte que le pouvoir romain met en place
un système de défense du littoral de la Manche et de l'Atlantique sur
les deux rives, c'est-à-dire de l'île de Bretagne également, appelé litus
saxonicum qui consiste en des points fortifiés et
est divisé en trois commandements. L'actuelle Normandie est incluse
dans le commandement du dux tractus armoricani et
nervicani de Boulogne à l'estuaire de la Gironde. Cependant,
parallèlement, des contingents germaniques intègrent l'armée romaine et
des immigrants reçoivent l'autorisation de s'établir dans l'Empire. Des
Germains sont donc recrutés pour lutter contre d'autres Germains9.
Des toponymes et des sites archéologiques rappellent l'installation de
ces groupes étrangers10:
les toponymes Allemagne (aujourd'hui Fleury-sur-Orne ),
Almenêches,
attestant de la présence d'Alamans,
les sites archéologiques d'Airan ou de Frénouville,
indiquant celle de Goths ou autres Germains. De plus, la Notitia
dignitatum mentionne par
exemple la présence de Bataves à Bayeux.
Des légions s'installent dans la future Normandie, notamment la Prima
Flavia Gallicana Constantia qui donne son nom à Constantia (Coutances alors chef-lieu des Unelles) et au pagus Constantina (le Cotentin ). Cette
armée mise en place par Constance Chlore en 298 accueille des
auxiliaires suèves11.
À l’occasion des réformes de l’empereur Dioclétien (285-305), la
Normandie s'était pourtant déjà singularisée, du moins
administrativement, en devenant la « Seconde Lyonnaise » et en se
détachant de la Bretagne voisine. C’est aussi à cette époque que
commence la christianisation de la
province : les historiens savent qu’en 314, Rouen a déjà
un évêque.12 À
partir de 406,
les peuples germaniques et alano-hunniques déferlent sur l’Occident en
brisant les dernières défenses du limes,
malgré la résistance acharnée des auxiliaires francs et alamans de
l'armée romaine. Des Saxons viennent s’installer sur les côtes
normandes, dans la région de Bayeux que
les textes qualifient d’Otlinga saxonia (première mention en
844) ou d’Otlinga Hardouini, ainsi que sur les îles
Anglo-Normandes. De nombreux
Francs s'installèrent également dans le pays
de Bray et une partie du pays
de Caux parfois comme soldats romains d'abord, puis, suite à
l'effondrement du « royaume romain » de Syagrius par la victoire de
Clovis, comme soldats du nouveau
pouvoir franc.
Moyen Âge
Haut Moyen Âge
Dès 486,
la Gaule entre Somme et Loire passe sous le contrôle du chef franc
Clovis. La
colonisation franque fut inégale: assez dense dans la partie est et
quasiment nulle dans la partie ouest de l'actuelle Normandie. Elle se
manifeste par les nécropoles à rangées d’Envermeu,
Londinières, Hérouvillette et Douvrend,
etc. Les toponymes en -hlar- ( « lande », ancien français larris « friche , lande » ) dans Meulers ou Flers , en avisna (« pâturage ») dans Avesnes-en-Bray ou Avesnes-en-Val, en -alach- (« temple »
) dans Bouafles ou Neaufles-Auvergny, en bure (« habitation »)
dans Hambures ou Bures-en-Bray,
en -baki (« ruisseau » ) dans Rebets ou Hambye,
en -mark- (« limite, marche ») dans Marques,
en -berg- (« élévation » ) dans Barc ou Barques, en -mer (« mare ») dans Blingemer ou Mortemer,
en -eng dans Hodeng-Hodenger ou Nesle-Hodeng,
en -court et les plus anciens en -ville datent de cette
époque franque. La région
devient une partie essentielle de la Neustrie à la mort de Clovis et
Rouen reste une ville importante. De cette
période date aussi le découpage administratif et militaire en comtés, le
comte franc étant un haut fonctionnaire de l'État. Enfin, l’est de la
région, à proximité de Paris, fut un lieu de résidence pour les rois et
princesses mérovingiens.
Surtout, la christianisation amorcée au Bas-Empire se poursuit en
profondeur dans la région : construction de cathédrales dans les
principales villes, édification d’églises suburbaines dédiées à des
saints,
oratoires sur les routes, etc. L’établissement des paroisses se réalise
progressivement, sur le temps long. Les plus petites
occupaient la plaine de Caen, alors que les paroisses du bocage étaient
plus étendues. À l’époque
carolingienne, les tombes des villageois se regroupent autour de
l’église paroissiale.
Le monachisme normand se développe vraiment à partir
du VIe siècle, surtout dans l’ouest de la région,
plus isolé. Au VIIe siècle, des nobles
d'origine franque fondent plusieurs abbayes dans la vallée de la
Seine : Abbaye de Saint-Ouen de Rouen vers 641, Fontenelle en 649,
Jumièges vers 654, Pavilly en 662, Montivilliers entre 682 et 684. Ces
abbayes
normandes adoptèrent rapidement la règle de saint Benoît. Elles
possédaient de grands domaines fonciers, dispersés en France, dont elles
tiraient des revenus élevés. Elles furent donc des enjeux dans les
rivalités politiques et dynastiques.
Invasions
scandinaves
Harfleur,
dans l’agglomération du Havre, église et maison à colombage
Chapiteau roman de l’abbatiale Saint-Georges-de-Boscherville,
Seine-Maritime
La Normandie tient son nom des envahisseurs vikings qui menèrent des
expéditions dans une grande partie de l’Europe à la fin
du Ier millénaire
en deux phases (790-930 puis
980-1030). On les appelait Northmanorum ou Nortmanni « Normands », étymologiquement « hommes du Nord ». Après 911, ce nom
remplace celui de Basse-Neustrie, sous lequel cette terre était
connue jusque lors.
La toponymie normande garde des traces de
cette colonisation scandinave ainsi qu’un assez grand nombre de noms de
famille : Anfry, Ango, Angot, Anquetil, Auber,
Dodeman, Doudement, Estur, Gounouf, Ygout, Ingouf, Néel (Nigel), Onfray,
Osmond, Osmont, Ouf, Renouf,
Roberge, Surcouf, Théroude, Tougard, Toutain,
Tostain,
Troude, Touroude, Turgis, Turgot,
Turquetil, Quétil, etc.
Les premiers raids vikings arrivent entre 790 et 800 sur les côtes de
la Gaule occidentale. Le littoral neustrien est atteint sous le règne
de Louis le Pieux (814-840). L’incursion de 841 fit de grands
dégâts à Rouen et Jumièges. Les Vikings s’attaquent aux trésors
monastiques, proies faciles car les clercs ne peuvent les défendre.
L’expédition de 845 remonte la Seine et
touche Paris. Les raids eurent lieu durant l’été, les Vikings retournant
avec leur butin en Scandinavie passer l’hiver.
À partir de 851,
ils hivernent en Basse-Seine ; ils incendièrent l’abbaye de
Fontenelle :
les moines durent s’enfuir à Boulogne-sur-Mer en 858 et Chartres en 885.
Les reliques de sainte Honorine furent transportées de
l’abbaye de Graville à Conflans, en région parisienne. Une
partie des archives et des bibliothèques monastiques furent également
déplacées (des volumes de Jumièges à Saint-Gall),
mais beaucoup furent brûlées.
Les rois carolingiens menèrent des politiques parfois contradictoires
et lourdes de conséquences. En 867 par le
traité de Compiègne, Charles le Chauve doit céder au roi
breton Salomon, le comté du Cotentin,
à la condition qu’il lui prête serment de fidélité et qu’il l’aide dans
son combat contre les Vikings.
Cependant, en 911,
le chef viking Rollon conclut un accord avec le carolingien Charles le
Simple. Aux termes du traité de Saint-Clair-sur-Epte,
le roi lui remit la garde du comté de Rouen, soit à peu de choses près
l’actuelle Haute-Normandie, en échange d’un serment de
vassalité (prononcé en 940) et un engagement à se faire baptiser. Rollon
devait
également protéger l’estuaire de la Seine et Rouen des incursions
scandinaves. À la suite de conquêtes progressives, le territoire sous
souveraineté normande s’agrandit : l’Hiémois et le Bessin en (924. En
933,
les Vikings de Normandie s'approprient le Cotentin et l’Avranchin au
dépend des Vikings de Bretagne commandé par Incon. Cette
année là, le roi Raoul de Bourgogne était contraint de céder
au prince des Normands Guillaume Longue-Epée la « terre des Bretons
située en bordure de mer ». Cette expression
désignait le Cotentin et sans doute aussi l’Avranchin jusqu’à la Sélune
dont c’était alors la frontière sud. Entre l’an 1009 et 1020 environ,
la terre entre Sélune et Couesnon fut conquise sur les Bretons (qui
s'étaient débarrassé des Vikings en 937), faisant définitivement du Mont
Saint-Michel une île
normande. Guillaume le Bâtard compléta
l’ensemble par la conquête du Passais sur le Maine en 1050. Les
archevêques de Rouen avaient poussé les princes normands à élargir leurs
possessions jusqu’à remplir l’espace de la province ecclésiastique de
Rouen, faisant coïncider l’une et l’autre à peu près.
Bien que de nombreux bâtiments aient été pillés, brûlés ou détruits
par les raids vikings aussi bien dans les villes que dans les campagnes,
il ne faut pas trop noircir le tableau dressé par les sources
ecclésiastiques : aucune ville n’a été complètement rasée. En revanche,
les monastères ont tous subi les pillages des hommes du nord et toutes
les abbayes normandes ont été détruites. La forte reprise en main de
Rollon et
ses successeurs rétablit toutefois assez rapidement la situation.
D'après les sources documentaires, la toponymie et l'ensemble des
données linguistiques, le peuplement nordique de la Normandie aurait été
essentiellement danois, mais il est probable qu'il y ait eu des
norvégiens et peut-être même des suédois. Il y a distorsion entre la
richesse du matériel linguistique, notamment la toponymie qui a un
caractère nordique évident surtout dans
le pays de Caux, la Basse-Seine et le Cotentin,
et la pauvreté du matériel archéologique viking, soit qu'on ne l'ait
pas suffisamment cherché, soit qu'il y en ait peu. Ce qui fait dire à
l'archéologue Jacques Le Maho que l'essentiel du
peuplement nordique est le fait de fermiers anglo-scandinaves et non pas
de vikings. Cette théorie est d'ailleurs confirmée par la toponymie et
l'anthroponymie qui ont un caractère nettement anglo-scandinave avec des
noms typiquement vieil-anglais ou scandinaves d'Angleterre13.
La fusion entre les éléments scandinaves et autochtones a contribué à
créer le plus puissant état féodal d’Occident. Le dynamisme et le
savoir-faire en fait de construction navale, dont témoigne le lexique
technique normand, puis français, des nouveaux venus leur permettront de
se lancer par la suite à la conquête de l’Angleterre,
de l’Italie du Sud, de la Sicile et du Proche-Orient des croisades.
La
Normandie ducale (Xe au XIIIe siècles)
Avant
Guillaume le Conquérant
Les historiens ont peu de sources écrites pour reconstituer cette
phase de l’histoire normande : Dudon de Saint-Quentin, Guillaume de
Jumièges, Orderic
Vital, Wace,
etc. Les sources diplomatiques nous renseignent sur la cour des ducs.
Le pouvoir
des ducs de Normandie au XIe siècle
Rollon était le chef - le « jarl » - de ses Vikings. Après 911, il
fut comte de Rouen. Ses successeurs prirent d’abord le titre de comte de
Normandie, jusqu’à Richard II. Puis ils
relevèrent la dignité ducale laissée vacante par l’accession au trône
des Capétiens, ducs de France. Car il ne pouvait y avoir qu’un seul duc
en Neustrie, et le titre était porté par les ducs robertiens de France
avant de l’être par les princes normands. Ces ducs de Normandie
exercèrent le pouvoir de ban, bien qu’ils reconnussent la suzeraineté du
roi de France. La Normandie n’échappa pas au
mouvement général d’accaparement de l’autorité publique par les princes
territoriaux : les ducs frappèrent leur monnaie, rendirent la justice et
prélevèrent les impôts (tonlieux, graverie). Ils levèrent leurs propres
armées et nommèrent l’essentiel des prélats de leur archidiocèse. Ils
étaient donc pratiquement indépendants du roi de France, quoiqu’ils leur
rendissent hommage à chaque nouveau règne.
Gisant de Rollon, dans la cathédrale de Rouen
Ils entretiennent des relations avec les souverains étrangers, en
particulier le roi
d’Angleterre : Emma, sœur de Richard II épousa Ethelred II,
roi
d’Angleterre. Ils placent des membres de la famille ducale élargie aux
postes de comtes et vicomtes, qui apparaissent vers l’an mille. Ils
conservent une partie des traditions scandinaves comme le droit
d’exiler, le droit maritime ou le concubinage légal. Mais à la
différence des autres princes territoriaux du nord de la France, les
ducs normands empêchent les châtelains d’obtenir de trop vastes
pouvoirs, préservant ainsi le leur. Notamment,
les domaines que possédaient en propre les ducs de Normandie étaient
beaucoup plus importants que celui des autres princes territoriaux.
Cette richesse foncière leur permit de restituer des terres aux abbayes
et de se garantir des fidélités auprès des vassaux par la distribution
de fiefs.
Mais au cours du XIe siècle, cette
politique féodo-vassalique réduisit considérablement les propriétés
foncières de la dynastie, jusqu’à la conquête de
l’Angleterre par Guillaume le Conquérant qui rétablit
le duc comme grand propriétaire foncier.
La cour du XIe siècle n’a pas
d’organisation stricte et se
déplace souvent. Elle est composée d’aristocrates ou « Grands », laïcs
et ecclésiastiques. Ces « Grands » prêtent serment de fidélité à
l’héritier du duché. La chancellerie n’est pas encore formée et les
actes écrits sont encore peu nombreux.
Généalogie simplifiée des ducs de Normandie.
L’aristocratie était composée pour une petite partie d’hommes
d’origine scandinave, comme le lignage des Harcourt,
la plupart des Grands de Normandie étant d’origine franque :
les Bellême, les Tosny. Au début du XIe siècle
s’agrégèrent et se mélangèrent des éléments bretons à l’ouest, des
Allemands et des Angevins.
Tous ces aristocrates prêtent serment de fidélité au duc de Normandie
et celui-ci leur attribua des domaines fonciers. Dès les années 1040, le
terme baron désigne l’élite des chevaliers et compagnons du duc.
En revanche, le mot vassal n’apparaît dans les
documents que vers 1057. C’est aussi au milieu du XIe siècle que l’on
commence à utiliser le mot fief. Richard Ier désigna des
comtes issus de la dynastie et veilla à ce qu’ils ne constituent pas de
trop puissants lignages.
Économie
Au début du XIe siècle, la Normandie est
insérée dans un réseau d’échanges commerciaux orienté vers l’Europe du
nord-ouest. Les marchands rouennais fréquentent déjà Londres où ils
acheminent du vin. Rouen reçoit encore des esclaves livrés par
les Vikings. La circulation de la monnaie y
était plus intense qu’ailleurs.
Crypte de la cathédrale de Bayeux, XIe siècle
Vie rurale
Fait relativement rare à l’époque, la Normandie ignore le servage et
utilise l’acre comme unité de surface des terres. Les tenures sont
allouées au titre de vavassories ou villainage et
remplacent progressivement le système carolingien des manses. Les
corvées dues par les paysans sur la réserve seigneuriale sont
relativement faibles, à la différence des autres
régions françaises.
Toutefois, Denise Angers (université de Montréal), s’appuyant
sur les terriers (registres fonciers des seigneuries), a pu
montrer la persistance de charges considérées dans d’autres régions
comme serviles : formariage (mariage d’un serf hors de la seigneurie ou
avec une personne d’une autre condition) et mainmorte (droit de
succession perçu par le seigneur sur les biens de ses serfs) ainsi que
de corvées (d’ailleurs parfois appelées dans les sources servages)
privant les tenanciers du libre emploi de leur temps14.
La renaissance urbaine et cultuelle de la Normandie de l’ouest après
le temps des invasions est un phénomène relativement lent et
progressif : mis à part le cas du mont Saint-Michel, il faut
attendre les années 1030 pour voir renaître les grands monastères
normands.
Les cités épiscopales de Caen et Valognes ne se distinguent que vers
1025. Les ducs
s’employèrent à rétablir la vie monastique en Normandie : vers 960, le
réformateur Gérard de Brogne ressuscite Saint-Wandrille.
Richard Ier fait reconstruire
l’église abbatiale à Fécamp.
Mais c’est Richard II qui fit venir Guillaume de Volpiano pour
ranimer la
vie de l’abbaye, selon la règle bénédictine.
Robert le Magnifique fonda Cerisy en 1032.
L’aventure italienne et
sicilienne
Plusieurs Normands sont allés tenter leur chance en Méditerranée et
ont même fondé une nouvelle dynastie : les fils de Tancrède de
Hauteville, principalement Guillaume Bras-de-Fer, Robert Guiscard, Roger
de Hauteville, puis le fils de ce dernier, Roger II, qui devient roi de Sicile. Les Normands du sud de
l’Italie joueront un
rôle considérable dans l’histoire de l'Empire byzantin et dans
l’aventure des Croisades.
L’œuvre de
Guillaume le Conquérant
Dessin de la statue de Guillaume à l’Abbaye de
Saint-Étienne à Caen
Voir sa biographie.
Nous connaissons la vie de Guillaume le Conquérant grâce à
l’œuvre de son biographe Guillaume de Poitiers. Le duc Robert Ier le
Magnifique meurt au cours d’un pèlerinage :
les désordres se multiplient alors en Normandie, pendant une dizaine
d’années correspondant à la minorité de Guillaume. Vers 1046, une
partie des seigneurs forment une coalition pour écarter Guillaume le
Bâtard (futur Guillaume le Conquérant) au profit de Gilbert, comte de
Brionne et petit-fils de Richard II. Soutenu par le
roi de France Henri Ier, il les mate en 1047
lors de
la bataille du Val-ès-Dunes. Jusqu’en 1055, il doit
se débarrasser de quelques Grands trop ambitieux, issus du lignage
ducal. Il confisqua les fiefs du duc d’Arques. Il
rétablit l’ordre par une habile politique de distribution des terres.
Il contrôla plus fermement les agents du pouvoirs, les vicomtes.
Il élargit son réseau de fidélité par son choix matrimonial : il épousa
Mathilde, fille du comte de Flandre Baudouin V et nièce du roi
de France, en dépit de l’interdiction du pape Léon IX.
Conquête
de l’Angleterre
Dès 1050,
le roi anglais Édouard le Confesseur fit appel à
Guillaume pour faire face aux menaces de son aristocratie. N’ayant pas
d’héritier direct, il laisse penser que Guillaume pourrait recueillir
son héritage après sa mort qui survint le 5
janvier 1066.
Cependant, Harold Godwinson,
beau-frère du défunt roi, se fait sacrer à Westminster.
Guillaume décide alors de prendre son héritage par la force en
débarquant en Angleterre.15
L’armée d’Harold est alors partie repousser la dernière invasion
viking sur l’Angleterre, menée par Harald Hardraada, roi de Norvège et
également
prétendant au trône d’Angleterre, à la bataille de Stamford Bridge. Les
armées de Guillaume et d’Harold se rencontrent à Hastings, où Harold
est défait, le
14 octobre 1066. Le 25 décembre 1066,
Guillaume est sacré et couronné roi d’Angleterre à l’abbaye de
Westminster.16
Conséquences
Doté de cette nouvelle légitimité royale, Guillaume renforça
considérablement le duché normand durant son règne. Cette politique fut
possible grâce aux richesses qu’il s’attribua après la conquête de
l’Angleterre. Cette dernière permit à l’aristocratie normande de prendre
possession de terres outre Manche.17 Guillaume surveilla de près les
intrigues menées par son fils Robert Courteheuse. Sa nouvelle puissance
éveilla
la méfiance du roi de France. Le partage de son héritage fut décidé
ainsi : l’Angleterre à Guillaume II le Roux, la
Normandie à Robert Courteheuse. Mais cela ne suffit pas à éviter les
troubles féodaux et fratricides, qui éclatèrent à la mort du Conquérant,
en 1087 et
durèrent jusqu’en 1106.18
Période
d’anarchie
Robert Courteheuse partit en Terre Sainte pour participer à la
première croisade. Lorsqu’il revint en
Occident, son frère Guillaume Le Roux était mort et Henri Beauclerc
avait usurpé le trône
d’Angleterre grâce à quelques soutiens. Henri triompha de son frère en
1106 à la bataille de Tinchebray.
Le XIIe siècle
Nef de l’abbatiale Saint-Georges de Boscherville
Le duc Henri Beauclerc a dû faire face aux ambitions de la maison des
Bellême, alliés au comte
d’Anjou et au roi de France. La continuité dynastique fut menacée
lorsque l’unique fils de Beauclerc périt dans le
naufrage de la Blanche-Nef en 1120. Sa fille
Mathilde fut reconnue par les barons
normands comme héritière du duché. Elle se maria en 1128 à Geoffroy
Plantagenêt,
comte d’Anjou et du Maine.
À la mort d’Henri Beauclerc (1135) s’ouvre
une nouvelle crise dynastique ; Étienne de Blois, neveu d’Henri et
petit-fils de Guillaume le Conquérant par sa mère Adèle, revendique le
trône d’Angleterre : la période de l’Anarchie s’ouvre pour une vingtaine
d’années. Étienne de Blois rend hommage pour le duché de Normandie à
son
seigneur, le roi de France. Geoffroy Plantagenêt dut mener plusieurs
expéditions pour récupérer l’héritage de sa femme : en 1144, il est
victorieux à Rouen et à Arques. Pour obtenir l’hommage du roi de France,
il doit lui céder le
château de Gisors.5
Après la mort de Geoffroy Plantagenêt, son fils Henri II hérite de la Normandie. Il augmente ses
possessions par son mariage avec l’héritière d’Aquitaine, Aliénor, en
1154. La
Normandie est alors intégrée à un vaste état Plantagenêt qui va de
l’Écosse aux Pyrénées. Le Vexin est
toujours un enjeu entre le roi de France et le duc normand. Après la
mort de Henri II, son fils Richard Cœur de Lion lui succède.
Ce dernier part à la croisade et se retrouve
prisonnier en 1193.
Son frère Jean sans Terre tente
alors de prendre sa place. Il recherche le soutien du roi de France
Philippe Auguste et lui cède plusieurs
terres et forteresses à l’est du duché, parmi lesquelles la région de
Verneuil.
En février 1194, le Capétien s’empare d’Évreux,
du Neubourg et de Vaudreuil et attaque Rouen. Richard fut libéré et
reprit Verneuil. Profitant
d’une trêve d’un an, Richard entreprend la construction de
Château-Gaillard,
en aval de Rouen.
La
fin de la Normandie des Plantagenêts (début du XIIIe siècle)
Les
événements
Richard Cœur de Lion meurt en 1199. Le 25 mai 1199, Jean
Sans Terre se fait couronner duc de Normandie à Rouen. Ce dernier avait
mauvaise presse au Moyen Âge, notamment à cause de la pression fiscale
qu’il a exercé et on le disait même possédé par le diable. Il rend
hommage au roi de France et des négociations aboutissent au traité du
Goulet. Jean sans Terre épousa de force Isabelle Taillefer, promise à
Hugues IX de Lusignan, vassal du roi de France. Ce
dernier se sentant lésé fit appel à la justice de son suzerain Philippe
Auguste qui prononça la commise des fiefs de Jean Sans Terre, à cause de
son absence.5 Autrement dit, le seigneur français confisquait les terres de son
vassal, en application du droit féodal. Il donna ces domaines au neveu
du Plantagenêt, Arthur Ier de Bretagne, à
part la Normandie qu’il se
réservait. À l’été 1202, Philippe Auguste s’empare du pays
de Bray. Jean Sans Terre fait assassiner son neveu Arthur de
Bretagne ; ses barons normands, influencés par le roi de France,
l’abandonnent. Dès l’été 1203, Château-Gaillard est assiégé et tient bon
jusqu’au 6 mars 1204. Le 21
mai, la ville de Caen tombe aux mains des Français. Enfin, le 24 juin
1204, les
troupes de Philippe Auguste entrent à Rouen, après avoir vaincu la
résistance de ses habitants. Le roi a conquis la Normandie, qui est
incorporée au domaine royal : cela
signifie que le roi disposera de nouveaux revenus et imposera ses
officiers dans l’ancien duché.19
Bilan
de la période ducale
Le duché de Normandie, comme le reste de l’Occident, a connu une
période d’expansion démographique et économique. C’est l’époque des
grands défrichements, menés par les abbayes ou des familles : les
essarts prennent le nom des défricheurs, suivi de la désinence -erie ou -ière. De nouveaux hameaux et villages naissent à cette
époque. Les seigneurs normands démembrent leur réserve,
provoquant la naissance de terres concédées au titre de ferme
perpétuelle, les futurs fiefs roturiers. Les progrès de l’agriculture se
lisent dans l’adoption généralisée de l’assolement triennal, qui
améliore les
rendements, du collier d’épaule et de l’utilisation du
cheval comme animal de trait. L’économie monétaire a pénétré le monde
rural de façon plus précoce qu’ailleurs : dès le XIe siècle,
tous les Normands paient un impôt
direct, la graverie, en espèces. Les rentes foncières sont utilisées dès
la fin du XIIe siècle.20
Le commerce fluvial s’est aussi développé : les marchands rouennais
disposaient de franchises à Londres.
Au XIIe siècle, plusieurs bourgs fondent leur
prospérité sur la draperie.
Au XIe siècle, les barons normands disposent de
plusieurs fiefs. Ils
tiennent ces fiefs directement du duc et lui prêtent hommage. Puis
viennent les seigneurs qui
possèdent des terres et font construire leur demeure dans le cadre de la
motte féodale, comme celle d’Aplemont, près du Havre.21 Ils encouragent la création de
bourgs et de faubourgs.
Certains lignages s’appauvrissent rapidement. Les vavasseurs sont dans
la dépendance de ces seigneurs et sont maîtres d’une
vavassorie, une fraction de fief. Les fiefs dit « de haubert » sont
parfois subdivisés en demi-fief de haubert ou quarte de fief de haubert.
Parmi les vilains,
c’est-à-dire l’ensemble des paysans, une partie émerge au sein d’un
groupe de laboureurs aisés, possédant au moins un train de labour et des
animaux de trait. Les cottagers ou bordiers forment le prolétariat
rural, mais il n’existe pratiquement pas de serfs en Normandie.
La
Normandie devenue française
L’intégration française
Flèches de l’église Saint-Étienne de Caen, XIIIe siècle
La politique du roi Philippe II Auguste fut de tout
faire pour faciliter l’intégration du duché au domaine royal : il
préserva les spécificités
normandes. Les Établissements
de Rouen, qui donnaient le monopole de la navigation sur la Seine
pour les marchands rouennais, furent confirmés. Il conserva
l’institution de l’Échiquier, cour judiciaire et
administrative de la Normandie ainsi que la Coutume de Normandie. Il
veilla à contrôler ses
vassaux et laissa en place l’institution des vicomtes. Il installa des
baillis français dans toute la région. Il rendit aux chapitres
cathédraux le
soin de choisir leur évêque.5
Le XIIIe siècle est le
temps de la prospérité économique : profitant de la sécurité
capétienne, les paysans défrichent, souvent encouragés par les
seigneurs et le roi lui-même. Des bourgs et des villeneuves, dotés de
privilèges,
naissent un peu partout. L’agriculture est diversifiée : blé, orge,
guède, garance, lin, chanvre, légumineuses…22
Les villes grandissent aussi : Rouen se dote d’une troisième
muraille. Les foires attirent les marchands des régions voisines.
Philippe IV Le Bel établit
un arsenal dans le port de Rouen (le Clos aux galées). Les marchands
rouennais exportaient le
vin et le blé en Angleterre et revenaient avec de l’étain, de la
laine et des draps.23
Cloître de l’abbaye du Mont-Saint-Michel
Apogée du
gothique
Dans la première moitié du XIIIe siècle,
l’architecture normande garde son originalité : élancement,
tours-lanternes à base carrée (Rouen). Puis le gothique français
s’impose. Les innovations font évoluer les édifices vers plus de clarté
(suppression des tribunes, arcs-boutants). Les rois et les Grands
financent les travaux : Philippe Auguste concourt à
l’édification de la Merveille du Mont-Saint-Michel.24
Ferment de
crise à la fin du XIIIe siècle
Les troubles liés aux impôts se multiplient à Rouen : les émeutes de
1281 voient
le maire assassiné et le pillage des maisons nobles. Devant
l’insécurité, Philippe le Bel supprime
la commune et retire aux marchands le monopole du commerce sur la
Seine. Mais
les Rouennais rachètent leurs libertés en 1294. Les
mutations de la monnaie royale amoindrissent les revenus des rentes pour
les bourgeois. Après la mort de Philippe le Bel, l’agitation reprend et
le
pouvoir doit concéder la Charte aux Normands (1315), puis la
seconde charte aux Normands (1339) qui
réaffirment l’autonomie normande en matière de justice et d’impôt. Les
États de
Normandie sont des assemblées convoquées pour régler les problèmes
financiers du royaume. Elles deviennent pérennes et influentes.
La
Normandie dans la Guerre de Cent Ans (XIVe et XVe siècles)
Aître Saint-Maclou, à Rouen, où l’on déposait les pestiférés
- Voir les articles Guerre de Cent Ans en Normandie,
Bataille de Rouen et Jeanne
d'Arc
Quand éclate en 1337 la fameuse Guerre de Cent Ans, opposant les
royaumes de France et
d’Angleterre, la Normandie n’est pas à l’origine du conflit. Par contre,
par sa richesse et son passé anglo-normand, elle en devient rapidement
un enjeu. En 1346, le roi d’Angleterre Édouard III et son armée
débarquent
dans le Cotentin, traversent toute la région en pillant et détruisant
tout sur leur route. Les Anglais retournent dans leur île après avoir
remporté la bataille de Crécy en Picardie.
La peste noire touche la Normandie dès 1348 et
provoque des épidémies récurrentes dans la région. Conjuguées aux
dévastations de la guerre et aux famines, la peste fait des ravages
parmi la population de la région. Ce contexte difficile provoque des
émeutes populaires à Rouen contre les impôts en 1382.
La Normandie fut le théâtre d’une violente opposition entre le roi de
France Jean le Bon et Charles le Mauvais, roi de Navarre. Ce dernier
était le petit-fils de Philippe le Bel par sa mère et faisait
valoir ses droits sur le trône de France. Il
possédait des terres en Normandie,
en particulier le comté d’Évreux,
et a profité de la Guerre de Cent Ans en faisant jouer l’alliance
anglaise.
Après avoir agrandi ses domaines normands par le traité de Mantes le 22
février 1354,
Charles le Mauvais est emprisonné à Château-Gaillard,
mais s’en évade le 9 novembre 1357. Il
attise l’agitation antifiscale en Normandie.
L’armée française commandée par Bertrand du Guesclin le bat finalement à
Cocherel le 16 mai 1364. Par le
traité d’Avignon en mars 1365, Charles le Mauvais abandonne au roi de
France Charles V ses possessions normandes en échange de
la ville de Montpellier.
Après un répit de quelques années, la guerre de Cent Ans reprend et
concerne davantage la Normandie que sa première phase. En août 1415, le
roi
d’Angleterre Henri V débarque dans l’estuaire de la Seine pour
reconquérir ses terres patrimoniales ancestrales. Il assiège la ville
d’Harfleur qui finit par tomber. Puis, il
défait les Français à Azincourt. Après un séjour en Angleterre, Henri V
retourne en Normandie mais cette fois dans l’objectif de conquérir toute
la région, voire plus. En 1419, la capitale, Rouen, tombe. Les Anglais
mettent la
main sur une bonne partie du royaume de France.
Par le traité de Troyes signé en 1420, Henri V obtient la main de
Catherine, fille du roi de
France Charles VI ; à la mort de
ce dernier, Henri V ou son fils deviendra roi de France et
d’Angleterre.
En 1422,
Henri V et Charles VI meurent. Comme Henri VI n’est encore qu’un nourrisson, c’est le duc
de Bedford qui assume la régence. Il crée l’université de Caen en
1432 et
tente de ménager les particularismes des Normands. La noblesse, le
clergé et la bourgeoisie dans leur grande majorité s’étaient ralliés au
roi Plantagenêt, dont le règne paraissait légitime
comme duc de Normandie ainsi que comme roi de France. Mais la pression
fiscale qu’il impose suscite le mécontentement. Bedford intervient pour
que Jeanne
d’Arc soit condamnée à mort. Le 30 mai 1431, capturée
au siège de Compiègne, elle est « vendue » aux Anglais et
brûlée vive après un long procès à Rouen. Ses cendres sont dispersées
dans la Seine.
En 1434,
les impôts exigés par les Anglais pour financer leurs campagnes
provoquent un climat insurrectionnel dans toute la région. Au printemps
1449, les
offensives des armées de Charles VII de France dans le Cotentin,
en Basse-Seine et dans le centre de la Normandie marquent le début de
la reconquête capétienne. L’occupation anglaise de la Normandie prend
fin en 1450 après la bataille de Formigny que remporta le
connétable Arthur de Richemont dans le Calvados actuel. Cherbourg est la
dernière ville libérée dans
l’été 1450. Les élites se rallient à la dynastie capétienne et les
églises se couvrent de fleurs de lis pour le signifier. La
reconstruction des bâtiments endommagés ou détruits par la guerre peut
débuter.
Révolte
de Monsieur Charles
Monsieur Charles, apanagé en Normandie, veut régner sur son duché que
lui a confisqué son frère aîné le roi Louis XI. En conflit avec lui, il
se réfugie
chez le duc François II de Bretagne. Ensemble, ils ordonnent une
campagne en Normandie en 1467-68. Mais après des succès initiaux,
l’armée bretonne rentrera à la maison et une trêve sera signée à Ancenis
entre les belligérants.
La
Renaissance en Normandie
Le
Premier XVIe siècle
Retour
de la prospérité
La guerre de Cent Ans terminée, la Normandie
se relève de ses ruines démographiques et économiques. Après les
désastres de la période 1337-1450, la croissance démographique permet à
la Normandie de retrouver, vers 1530 son niveau de population d’avant
les crises. En 1517,
le roi François Ier crée le port et
la ville du Havre. À Rouen, la draperie connaît un essor sans précédent.
Les pêcheurs normands vont chercher le hareng en Mer
Baltique et la morue à Terre-Neuve.
Ils rapportent de sel de Guérande.
Jusqu’en 1570, la Manche est un lieu de passage pour les navires
commerciaux
qui se dirigent vers Londres ou Anvers.
Les marchands normands importent des matières premières des Îles
Britanniques (laine, &e