La Corse (Corsica en corse) est une île de la mer
Méditerranée et une région française, ayant toutefois un statut
spécial (officiellement « collectivité territoriale de
Corse »), composée de deux départements : la Corse-du-Sud (2A) et la
Haute-Corse (2B). Elle est aujourd'hui surnommée
Île de Beauté. Les grecs l'appelaient Kallisté (en grec ancien
Καλλίστη : « la plus belle »).
Géographie
La légende veut que les Grecs aient baptisé cette île de la
Méditerranée « Kallisté » :
« la plus belle ». Aujourd'hui, la Corse est
connue sous le nom d'« île de beauté » et ses paysages époustouflants
séduisent à coup sûr les visiteurs. Grâce à ses mille kilomètres de
côtes, dont environ trois cents de sable fin, la Corse est un endroit
rêvé pour les plaisanciers, les plongeurs et autres amoureux de la
grande bleue.
Géographie
physique
La Corse est une montagne dans la mer. Son altitude moyenne de 568 m
en fait la plus élevée des îles de Méditerranée occidentale. De nombreux
lacs et l'aspect de certaines vallées témoigne de l'existence passée de
glaciers.
La Corse est composée de nombreux marécages sur les littoraux.
Cours d'eau
Le Golo (en corse Golu) est le plus grand fleuve de Corse et circule
dans le
nord de l'île. Le Liamone, la Gravona et le Taravo marquent la moitié
sud.
Lacs
Faune et flore
Au début du siècle, certains l'avaient surnommée l'île verte,
pour la différencier des autres îles méditerranéennes beaucoup plus
arides. En effet, la Corse, malgré sa position méridionale et un
ensoleillement sans pareil, est une île verdoyante. Le couvert végétal
est essentiellement constitué de maquis et de forêts (pinèdes, hêtraies,
châtaigneraies). La flore présente des affinités marquées avec celle de
la Sardaigne et de la péninsule italienne, mais aussi avec d'autres îles
méditerranéennes éloignées (Baléares, Sicile).
Espèces
endémiques
L'insularité de la Corse détermine une relative pauvreté
biologique
par rapport aux zones continentales voisines, notamment en ce qui
concerne les vertébrés terrestres. Cet appauvrissement naturel
est compensé par la présence de nombreux taxons endémiques :
- le pin Laricio Pinus nigra laricio
- l'aulne odorant Alnus alnobetula suaveolens
- la violette corse Viola corsica
- l'ancolie de Bernard Aquilegia bernardii
- le cerf de Corse Cervus elaphus
corsicanus
- la sittelle corse Sitta whiteheadi
- le lézard de Bedriaga Archaeolacerta bedriagae
- le papillon porte-queue Papilio
hospiton
Géologie
Histoire
géologique
La Corse a parfois reçu le nom d' élysée de la géologie du
fait de ses affleurements spectaculaires et de sa riche histoire
géologique :
- à l'ère Paléozoïque, la Corse fait partie du sud de la
chaîne hercynienne, comme en témoignent ses nombreux granites et la
caldeira volcanique du Cinto.
- au Mésozoïque, l'ouverture de la mer Téthys à l'emplacement actuel
des Alpes
et de la mer Tyrrhénienne s'accompagne de la formation d'ophiolites. Ces
dépôts marins constituent la
majeure partie des roches de Castagniccia et du Cap Corse.
- à la fin du mésozoïque ( crétacé supérieur), la remontée de
l'Afrique et de la petite plaque ibérique vers le nord forme par
compression la chaîne pyrénéo-provençale. La
Corse et la Sardaigne en font partie. Les ophiolites sont charriées en
altitude, ce qui explique leur emplacement
bien au-dessus du niveau de la mer actuellement.
- au début du Cénozoïque, le microcontinent
corso-sarde est à nouveau émergé mais reste accolé au sud de la
France, à la hauteur du Massif des Maures. C'est entre la fin de
l'éocène (35 MA) et le début du Miocène(18
MA) qu'une nouvelle phase tectonique d'extension et de rotation
donne finalement à la Corse son insularité, un caractère montagneux, et
porte à l'affleurement ses roches variées.
Domaines
géologiques
La géologie insulaire détermine quatre grands domaines
géographiques :
- la Corse cristalline, à roches magmatiques, qui comprend les
deux tiers de l'île, à l'ouest d'une ligne Calvi-Solenzara ;
on y trouve les sommets les plus élevés.
- la Corse schisteuse ou alpine au Nord-Est (dont le cap
Corse), fortement boisée.
- une dépression centrale de l'Île Rousse à Corte et Solenzara,
sillon d'altitude modérée
- des plaines et plateaux côtiers formés de roches sédimentaires :
plaine orientale, causse de Bonifacio...
Climat
Son climat est de type méditerranéen, souvent tempéré par
l'altitude.
Données météorologiques d'Ajaccio de 1961 à 19901.
Relevé météorologique d'Ajaccio
| mois | jan. | fév. | mar. | avr. | mai | jui. | jui. | aoû. | sep. | oct. | nov. | déc. | année |
| Température
moyenne (°C) |
8,6 |
9,0 |
10,1 |
12,4 |
15,7 |
19,1 |
21,9 |
22,1 |
19,9 |
16,7 |
12,6 |
9,6 |
14,8 |
| Précipitations
(mm) |
73,8 |
69,7 |
58,1 |
52,0 |
40,2 |
19,0 |
11,0 |
19,9 |
43,6 |
87,0 |
95,9 |
75,5 |
645,6 |
Ce
tableau est sujet à caution car
il ne cite pas ses sources.
Températures
Dans les zones littorales, la température moyenne annuelle est de
14,5 à 16,5°C. Le littoral nord-est bénéficie souvent des températures
les plus clémentes en raison d'un effet de Foehn.
La température s'abaisse nettement avec l'altitude et l'éloignement
de la mer ; en moyenne et haute-montagne, les brouillards et gelées sont
fréquents, tout comme la persistance de névés jusqu'à la fin de l'été
dans certains massifs.
Précipitations
L'île présente une sècheresse estivale typique du climat
méditerranéen. Des orages sont fréquents dès la fin du mois de juillet ;
ensuite la pluviosité est maximale en octobre-novembre et février-mars.
Le littoral est chaud et sec, avec des précipitations moyennes
inférieures à 700 millimètres par an2 ;
les montagnes sont par contre abondamment arrosées (moyenne supérieure à
1000 millimètres par an), piégeant les vents porteurs d'humidité.
Vents
La Corse est balayée par de nombreux vents, particulièrement violents
aux extrémités de l'île (Cap Corse, Bonifacio) mais aussi en Balagne,
ce qui explique la présence ancienne de moulins et désormais
d'éoliennes. On compte 150 jours de vent > 150km/h par an 3
Ces vents déterminent grandement le climat général et local (mésoclimat).
Durant la sécheresse estivale, ils favorisent la propagation
d'incendies dévastateurs.
- la Tramontane (15% du temps) est un vent froid
et sec du Nord, surtout d'hiver. Il peut être engendré par un très gros
anticyclone de Sibérie ou par une dépression sur le centre de l'Italie.
- le Maestrale (5%) est issu du Mistral
provençal. Il est sec et violent en été (rafales — il lève la mer très
fort sur la Balagne), et apporte la pluie l'hiver.
- le Libecciu (60%), de l'ouest ou sud ouest,
apporte chaleur et pluie aux versants exposés à l'ouest, pour être
ensuite ressenti comme plus froid et sec à l'intérieur de l'île. Il
apparait après la tramontane et le mistral dont il dérive souvent. Le Ponente (2%) vient aussi de l'ouest.
- Le Sirocco (15%), venant d'Afrique du Nord, sec et chaud,
chargé de poussières du
désert saharien.
- Le Levante (2%) vient de l'Est, et le Grecale (2%)
plutôt du Nord Est.
Histoire
L’histoire de la Corse est celle d'une île devenue française
en 1768 et
qui a souvent été objet d'enjeux stratégiques et d'influences externes,
tout en conservant un fort particularisme, dû à son relatif isolement.
Située au cœur de la Méditerranée occidentale — à
200 kilomètres de Nice, une dizaine de kilomètres de la Sardaigne,
50 kilomètres de l'île
d'Elbe (Toscane), 80 kilomètres des côtes toscanes, l'île a
de tous temps occupé une position stratégique au sein de l'espace
géopolitique méditerranéen. Objet de convoitise des différentes
puissances de Méditerranée, elle est longtemps demeurée dans les zones
d'influence italo-toscane et carthaginoise , la langue corse en étant la
plus vivante illustration. Véritable « montagne
dans la mer » avec une arête centrale nord-sud sur toute sa
longueur qui est en fait la fin de la chaine alpine, l'intérieur de la
Corse a été un lieu de refuge constant pour la population de l'île qui y
a développé et maintenu une culture très ancienne.
Sa spécificité et son originalité sont le produit d'une histoire
complexe. Avec ses 8 778 km²,
elle est la quatrième île de la Méditerranée, derrière la Sicile, la
Sardaigne et Chypre.
Préhistoire
Considérées un temps comme les premiers indices de présence humaine
en Corse, les accumulations de bois du site de Macinaggio à l’est du Cap
Corse sont aujourd'hui interprétées, par certains archéologues,
comme des accumulations naturelles. L'occupation paléolithique de la
Corse ne serait donc toujours pas attestée, même si elle reste possible.
Mésolithique
(-9000 -6000) et Néolithique (-5700 -2000)
Les traces des premières occupations humaines datent du IXe millénaire avant l'ère chrétienne,
notamment sur le site dit A Teppa di U Lupinu à Santu Petru di
Tenda (Haute-Corse)1.
La présence de plusieurs groupes humains est attestée au VII-VIe
millénaire, au nord comme au
sud de l'île. Il s'agit de groupes de chasseurs-cueilleurs et
certainement
pêcheurs, se nourrissant entre autres du lapin-rat (pika endémique du
genre Prolagus) et
également de coquillages. De cette époque ont été datés plusieurs sites
et notamment celui de l’Araguinna Sennola, près de Bonifacio.
Ce site, dont les fouilles ont commencé en 1966, a révélé
un squelette féminin datant de -6500. Succède à ce premier peuplement,
dont on suppose aujourd'hui qu'il s'agissait avant tout de simples
fréquentations épisodiques de groupes en provenance du littoral italien,
une véritable colonisation de l'île, avec la venue de communautés
agropastorales néolithiques. L'arrivée de ces populations villageoises
débute vers 5700 avant J.-C.
D. Binder et J. Guilaine font remarquer dans leur rapport Radiocarbone
et processus de la néolithisation en Méditerranée centrale et
occidentale que « dans la zone tyrrhénienne (Sardaigne,
Corse, Latium, Toscane,
Ligurie),
les premiers horizons néolithiques dans la première moitié du VIe millénaire montrent
généralement des styles céramiques structurés du Cardial et de
l’Impressa ». La
datation au carbone 14 a en effet donné de 5750 à 5350 av.
J.-C., soit des dates contemporaines des autres sites italiens en
Méditerranée. Ce
« néolithique ancien cardial » a été identifié en divers endroits comme à
Saint-Florent, Vizzavona ou Filitosa.
Le premier néolithique en Corse appartient à la grande
culture céramique de type Cardial ou Impressa (Gabriel Camps, 1988). Ce
premier Néolithique est diffusé à travers toute l'île et a des
caractéristiques très proches de la facies toscane méridionale,
dite de Pienza. Gabriel Camps conclut : « C'est
donc avec la Toscane voisine que la Corse présente ... les plus
grandes ressemblances », il insiste sur « la primauté des relations entre la Toscane et la
Corse. » Cette primauté des relations remonte sans nul doute
déjà au mésolithique et explique les dernières découvertes qui
permettent de conclure sur cette période, sur le premier peuplement de
la Corse : dès le néolithique les Corses seraient une population de
langue italique, en provenance du continent, qui aurait parlé une langue
proche des langues parlées en Toscane et Ligurie (sous-groupe dit
tyrrhénien). Cette variante aurait été ensuite
successivement influencée par la Sardaigne en ce qui concerne la Corse
du Sud, par l'Italie des Osques et
des Ombriens (indo-Européens) pour toute la Corse mais
surtout le sud-ouest et par les Celtes pour toute l'île mais surtout la
Corse septentrionale. Les anciens
parlers en Corse, avant l'occupation romaine, avaient donc un fonds
commun tosco-ligure, et ont ensuite été profondément romanisés. Ils ne
constituent au plus qu'un lointain substrat au corse moderne qui est
incontestablement un
dialecte du toscan archaïsant comme le gallurais.
L'interjection répandue Ajo ! en est sans doute un reliquat.
À partir de -5000 le peuplement de l’île s’intensifie avec l’arrivée
de migrants vraisemblablement Ligures venus par cabotage par l’archipel
toscan.
Dès le VIe millénaire, ces
nouveaux groupes néolithiques amènent avec eux les
céréales et les animaux domestiques (le chien, les ovins, les caprins et
les porcins), pratiquent le défrichage; ce qui conduira à l'extinction
d'une partie de la faune endémique. De nombreux échanges existent entre
Corse et Sardaigne. Ils concernent l'approvisionnement des néolithiques
corses en obsidienne et silex sardes, roches utilisées pour
confectionner de nombreux outils. Des influences continentales sont
aussi décelables. Au IVe millénaire la
production lithique et céramique de l'île s'inscrit dans le courant
chasséen du néolithique de l'ouest méditerranéen. À la fin du IVe millénaire, une
métallurgie du cuivre local apparaît sur le site de Terrina. On peut
dire qu'à cette époque
existe une véritable société insulaire organisée en villages ayant entre
eux un réseau d'échanges et où l'île entretient des rapports
commerciaux constants avec ses voisins.
Les vestiges laissés par la préhistoire en font en outre l'un des
endroits privilégiés de l'Europe pour l'étude de cette période, et l'île
représente aussi la plus grande concentration de statues-menhirs et
menhirs de toute la Méditerranée. A noter aussi la présence d'une
peinture rupestre sur la commune d'Olmetta, la grotta scritta,
datant d'environ 2000 ans avant J-C.
- Les constructeurs de mégalithes
Alignement de menhirs de Palaghju, Corse du Sud
Les statues-menhirs qu'on trouve en divers
endroits de l’île ; érigées entre -1500 et -800, représentent des
guerriers portant épées courtes, ceintures ou baudriers, cuirasses
sculptées en bas-relief. Celles-ci semblent monter la garde dans
l’attente d’éventuels envahisseurs, comme pour en conjurer la venue. Ces
statues-menhirs sont sans doutes autant de conjurations contre cet
ennemi que de victoires dans un premier temps remportées sur lui. Il
convient de préciser que la Méditerranée, à cette époque, connut un
développement économique important, avec l'expansion du commerce des
métaux. Cet essor a sans doute contribué au renforcement des inégalités
et a favorisé les actes de piratage. Les populations se sont alors
retrouvées contraintes de se protéger, en édifiant des forteresses, à
l'image des "castelli" de Corse ou des « nuraghes »
(voir culture nuragique) de Sardaigne.
Casteddu d'Araghju, Corse du Sud
Proto-histoire
L'île est sans doute connue des Phéniciens,
auxquels elle devrait son nom de Korsai. Les Phéniciens
propagent dans leur sillage l'agriculture : la vigne et le vin,
l'olivier et l'huile, le blé et le pain ; leur
organisation de la cité et l'écriture.
Ils exploitent et commercent dans le monde antique les mines de cuivre,
de
plomb,
d'étain,
d'argent et de fer.
Les Phéniciens sont considérés
comme parmi les meilleurs navigateurs du monde antique de cette époque.
Ce sont avant tout des commerçants, non des colons, ils ne s’installent
qu’entre terre et mer, sur des îlots, dans des criques protégées, dans
l’arrière-pays desquelles ils cultivent ce qui est nécessaire à
l’alimentation de leurs comptoirs et au remplissage de leurs entrepôts
pour le ravitaillement de leur navires. Malte, les îles Pélages, Utique
et Motya en Sicile, Tharros et Nora dans le sud-est de la Sardaigne sont
autant d’étapes sur leur route. Il
n'est guère possible qu’ils n’aient abordé les rivages corses, même s'il
ne subsiste aucune trace de leur passage sur l’île. Les cités côtières
étrusques et ses ports, comme Pyrgi ou Populonia,
sont autant de comptoirs pour eux et, pour conserver de bons rapports
avec le pays des Tyrréniens, sans doute
jugent-ils préférable de leur laisser la prérogative du commerce avec
l’île d’Elbe et la Corse dont ils trouvent les produits sur les marchés
d’Étrurie.
Les Étrusques entreprennent réellement l'exploitation
de la Corse. Ils se sont en effet tacitement partagé la domination de la
Méditerranée occidentale avec les Carthaginois (voir Carthage)
pour en contrôler le commerce. Aux Carthaginois reviennent la
Sardaigne,
l'Afrique du Nord et le sud de l'Espagne, aux Étrusques la Corse et le
littoral gaulois.
Selon Servius (Aen. X, 172), mentionné par Mario Torelli dans
son Histoire
des Étrusques, il est fait allusion à la fondation de Populonia (du
nom du dieu étrusque Fufluns -Bacchus-),
grand port et principal centre métallurgique de l'Étrurie,
par les Corses, chassés par la suite par les habitants de Volterra.
Ceci suggère qu'avant la naissance de l'Étrurie, lors de la période de
la culture de Villanova, la population
corse et la population de l'Italie centrale face à la Corse doit être
sensiblement la même, et que pour le moins ils entretiennent des
rapports étroits et se connaissent bien.
Le même texte fait également allusion à une histoire de piraterie
sarde et corse dans l'aire tyrrhénienne, et ce durant le premier âge de
fer. La barque votive figure dans les bronzes sardes et semble assez
populaire dans ces îles de la Méditerranée occidentale. Les échanges
commerciaux entre l'Étrurie, la Sardaigne et la Corse semblent avoir été
particulièrement intenses à cette période. Sur cette toile de fond
viennent s'insérer les Phéniciens, probables médiateurs, et tirant les
ficelles des relations commerciales de la région.
Le latrocinium (la piraterie) qui est relaté par les sources
anciennes, n'est que l'autre facette du commerce maritime, et semble
marquer les relations de deux entités qui d'une part s'affrontent et
d'autre font du commerce : d'une part la légendaire occupation corse de
Populonia, et d'autre la relative domination étrusque le long de la côte
orientale de la Corse à l'époque historique.
Les sources écrites, principalement grecques, sont souvent
contradictoires et, en en recomposant le puzzle de bribes éparses
qu'elles forment, on parvient à situer la Corse et son histoire dans le
monde méditerranéen et particulièrement sa place et son rôle en
Méditerranée occidentale, mais on ne sait que relativement peu de chose
sur la vie de sa population. C'est davantage grâce aux fouilles
archéologiques effectuées dans l'île qu'on peut en avoir une idée plus
précise.
L'Antiquité
Rhyton,
Aléria,
Musée
départemental d'archéologie Jérôme Carcopino
Les Phéniciens, venus de Tyr, commercent
avec la Corse, mais ne s’y arrêtent pas.
Les Grecs de Phocée essaiment en Méditerranée occidentale et
fondent vers 600
av. J.-C. une nouvelle Phocée (Marseille),
puis, vers 565
av. J.-C. Alalia, sur la côte orientale
corse. Chassés d’Asie Mineure par les Perses en 546 av. J.-C.,
les Phocéens se réfugient dans leurs colonies. Ils contrastent avec la
population locale. Ils construisent une cité en dur, introduisent la
vigne, l’olivier et le blé,
enseignent l’écriture, exploitent les gisement d’argent, de fer et de
plomb,
tandis que les autochtones se replient sur les hauteurs, le maquis et la
forêt pour y vivre de l’agriculture,
de la récolte du miel et surtout de l’élevage (chèvre).
Cependant, le commerce existe entre les deux.
Après l’invasion de l’île d’Elbe, les Étrusques,
venus de Toscane,
s’allient aux Carthaginois, héritiers des
Phéniciens et maîtres des
rivages nord-africains et de la Sardaigne.
En 535 av.
J.-C., leurs flottes affrontent celle des Phocéens au large
d’Alalia. Après cette bataille, une partie des Phocéens émigre pour
fonder Élée.
La population du comptoir devient largement cosmopolite, et les trois
peuples y cohabitent.
Cependant, en 453 av. J.-C., les Syracusains débarquent sur l’île et
chassent les Etrusques. Ils aménagent un port
dans un golfe du sud de la plaine orientale : Port Syracusain
(Porto-Vecchio).
Plus tard, vers 280 av. J.-C., les Carthaginois, reviennent prendre la
place des Syracusains. Seuls maîtres de l'île et de sa plus grande
ville, Alalia, ils déciment la Corse en détruisant
nombre d’arbres fruitiers et de plantes comestibles et en interdisant
toute agriculture.
L'époque
romaine
Lors de la Première guerre
punique, Rome conquiert Alalia et chasse les Carthaginois.
Les affrontements débutent en -259 avec le
débarquement des troupes romaines du consul Lucius Cornelius Scipion.
C'est à
partir de 238 av. J.-C. que se développe un premier projet colonial.
Mais il ne prendra forme que sur le littoral oriental et dans les
piémonts qui entourent Aleria, centre militaire fondateur de la
politique de Rome. En -227, la Corse est réunie à la Sardaigne dans la
province romaine de la Sardinia, et la capitale du nouveau
territoire administratif devient Cagliari.
Plus tard, Auguste l'érige en province impériale, son procurateur
vivant à Alalia, devenue Aléria. En tant que colonie de
peuplement, des terres corses sont données aux vétérans de l’armée
(notamment à Mariana, près de Bastia).
De la conquête romaine, la Corse garde sa langue latine, quelques routes
et ponts, des stations thermales (ex. Orezza et Speloncato),
des ports et des villes. La Corse exporte granite,
minerais, huile d'olive, miel, liège, etc. Certains Corses, à même
d’acquérir la
citoyenneté, émigrent parfois pour servir dans les administrations
romaines ou l’armée. C’est une province calme qui se christianise aux
premiers siècles après J.-C., non sans martyres (Sainte Dévote à la fin
du IIIe siècle, Sainte Julie vers 450, Sainte
Restitude, etc.)
Moyen
Âge
À la chute de Rome, le déferlement des peuples « barbares » sur
l’Europe n’épargne pas la Corse. Les Vandales sont les premiers à
arriver, depuis le sud de l’Espagne,
en passant par le Maghreb, la Sicile et
la Sardaigne.
Ils ne sont à l’origine que de massacres, terreur, incendies, famine.
Les Corses se réfugient dans les montagnes pour leur échapper. Les
Vandales rapportent aussi d’Afrique la malaria ou paludisme.
Les Vandales sont chassés, en 533, par les Byzantins dont les
fonctionnaires vivent de
rapine, de corruption et de fraude. Puis les Ostrogoths s'aventurent
dans l'île. Enfin les Lombards,
venus des Alpes,
n’occupent l’île que trois décennies mais parviennent à codifier
l’usage local de la « dette de sang », future « vendetta ».
Lorsque Charlemagne devient Roi des Lombards, en 774, il confirme
une partie de la donation de Quierzy que son père avait fait au pape
Etienne II. La Corse entre alors
dans l’obédience du Saint-Siège,
sans effet réel et immédiat pour le successeur de celui-ci, Adrien
Ier.
À partir du VIIIe siècle,
les Sarrasins d’Espagne et d’Afrique du Nord (Maures, Berbères ou
Arabes)
multiplient les attaques sur les côtes corses et mettent les ports à
sac, coupant l’île du continent durant près de trois siècles sans
vraiment vouloir l’envahir. La population recule à nouveau dans les
montagnes et fait appel au pape, supposé propriétaire de l’île. C’est la
Marche de Toscane,
déléguée par le pape, qui vient à son secours. Selon certains
historiens, le blason et le drapeau à la tête de Maure tireraient leur
origine de cette époque.
Ces luttes pourraient être à l’origine de la féodalité et de la
noblesse en Corse. En effet, les déplacements de population dus aux
invasions
(émigration, repli dans les hauteurs) cloisonnent les Corses dans les
hautes vallées. L’Église officialise ces « pièves » (pievi),
regroupements de
population plus ou moins isolés les uns des autres, et, vers l’an mil
les
seigneuries se constituent sous l’autorité du pape : la gestion
insulaire est déléguée à un comte (le premier selon la tradition est Ugo
Colonna, à l’origine de la noblesse corse), qui nomme des juges
locaux. Les seigneurs dressent de petits châteaux ou donjons, assurent
la paix et la justice, prélèvent une redevance (accattu). Les vassaux sont surtout
liés à leur suzerain par des liens d’amitié et de parenté (clienti) même si
la pyramide féodale tend à s’imposer. Certains comtes s’arrogent les
droits et privilèges des comtes carolingiens, comme Arrigu Bel
Messere, installé dans son « palais » de Poghju-di-Venacu. La
disparition de ce
dernier marque l’émiettement du pouvoir féodal.
L'époque Pisane et Génoise
En raison des désordres que connaît la Corse, au XIe siècle,
le pape accorde à
l’évêque de Pise l’investiture des évêques corses et les Pisans
commencent deux siècles de domination sur l’île.
Sous le gouvernement des juges et des seigneurs pisans, des
constructions sont
édifiées (églises, ponts, etc.). Mais, Pise perd la protection
pontificale et des rivalités internes l’affaiblissent. Gênes entre alors
en conflit contre son ancien allié dans la lutte contre les Sarrasins.
En 1284, à la bataille navale de Meloria, la
flotte pisane est détruite. Plusieurs campagnes de Gênes (1289-1290)
lui
rallient les féodaux, alors que les Pisans renoncent à la Corse. La
trêve signée par Pise en juillet 1299 accorde
la domination totale de l’île par Gênes. Celle-ci devient génoise pour
six siècles, en dépit du Saint-Siège,
qui tente en 1297 de confier la direction de la Corse à la maison
d’Aragon (Royaume de Sardaigne et de Corse). Les Génois doivent
cependant défendre leur nouvelle conquête face aux menaces des Sarrasins
(les tours qui ceinturent l’île sont
construites plus tard dans ce but), des Aragonais, installés en
Sardaigne,
des Français,
pour qui la Corse est un avant-poste contre l’Espagne.
Mais Gênes fonde sa conquête sur sa puissance bancaire.
Gênes partage l’île en dix provinces,
elles-mêmes divisées en pièves (les soixante-six pièves
reprises du système féodal). Les Génois construisent (urbanisation :
Bastia devient siège du gouverneur, ponts, routes, etc.), développent
les
vergers, importent de Corse vins, huiles, bois, huîtres,
poix, mais
imposent lourdement la Corse et s’assurent la quasi-exclusivité du
commerce avec l’île. La langue et certains usages (religieux notamment)
corses
sont grandement influencés par l’occupant.
En 1297,
le pape Boniface VIII tente de réaffirmer son autorité
sur la Corse et la Sardaigne en y investissant Jacques II, roi
d’Aragon, et en 1305, le pape Clément
V renouvelle cette tentative. Les Aragonais ne s’attaquent qu’à la
Sardaigne pisane, dans un premier temps. Les Génois, craignant de voir
la Corse envahie, s’allient aux Pisans pour lutter contre les Aragonais
en Sardaigne. Mais bientôt, Jacques II renonce à ses droits sur la Corse
en échange de la paix en Sardaigne, et s’y installe. Cependant, en
1346, les
troupes du roi d’Aragon Pierre IV débarquent vers Bonifacio,
et une guerre éclate entre les Génois et les Aragonais et leurs alliés
Vénitiens. Gênes sort victorieuse du
conflit mais doit alors faire face à la montée de la puissance de la
noblesse corse.
La rivalité entre les féodaux corses, les clans génois et le pape
Eugène
IV se conclut en 1453 par la cession du gouvernement de l’île à une
banque, l’Office de Saint Georges. L’Office
bâtit de nouvelles tours sur le littoral ainsi que des villes
fortifiées : Ajaccio (1492), Porto-Vecchio (1539).
En 1553,
les Corses, menés par Sampiero Corso, alliés aux Français et aux Turcs,
entament une révolution qui prend Gênes par surprise. Bastia tombe en
quelques heures, Corte se rend sans combattre, Saint-Florent et Ajaccio
ouvrent leur porte aux révolutionnaires. Bonifacio et Calvi,
peuplées de Ligures fidèles aux Génois, résistent à l’abri de
leur citadelle.
La première tombe, la seconde n’est jamais conquise. L’amiral génois
Andrea Doria contre-attaque avec une armada face aux Français, qui ont
dégarni la
Corse après la victoire et le retrait de leurs alliés turcs. Le général
français de Thermes voit les villes
tomber tour à tour : Bastia tient huit jours, Saint-Florent résiste
trois mois. Sampiero récupère Corte et Vescovato.
La Guerre de Corse s’enlise en guerre d’usure : De Thermes et
Sampiero sont écartés par la France au profit du général Giordanno
Orsini. Le moral des Corses révoltés est entretenu par une suite de
guérillas, malgré des représailles jusqu’à la trêve de Vaucelles
(5 février 1556), quand Henri II de France rend à Gênes certaines places
fortes.
Les Génois ne reprennent possession de l’île tout entière qu’avec le
traité du Cateau-Cambrésis (3 avril 1559).
L’Office de Saint Georges, qui reprend
le commandement de la Corse, impose une série de mesures jugées
dictatoriales. La révolte du peuple corse repart lors du débarquement de
Sampiero, aidé par Catherine de Médicis, au golfe de Valinco
(12 juin 1564). Les
insurgés reconquièrent l’intérieur de l’île, laissant les villes
côtières aux Génois. Malgré les renforts envoyés rapidement, Gênes
n’inflige aucune défaite décisive à Sampiero. Des villages sont
détruits, Cervione brûlé, mais Corte se
rend aux insurgés. La République doit faire appel aux Espagnols pour
reprendre certaines places (1566), tandis que les renforts envoyés par
la France à
Sampiero s’avèrent inefficaces. Après nombre de trahisons et de
désertions dans les rangs insurgés, Sampiero est tué près de Cauro
(guet-apens d’Eccica-Suarella, 17 janvier 1567). Son
fils de 18 ans ne continue la lutte que deux ans avant de s’exiler en
France (1er avril 1569).
La République
de Gênes exploite le Royaume de Corse comme une colonie,
moyennant des droits à payer à l’Office de Saint Georges.
L’administration est réorganisée autour de paroisses démocratiques, une
crise ravage l’économie, Calvi et Bonifacio bénéficient de franchises et
d’exemption pour leur fidélité aux Ligures, le gouverneur de la colonie
instaure un système juridique corrompu. Les Statuts (décembre
1571)
garantissent un minimum de justice et le Syndicat défend, pour un
temps, les autochtones. Le maquis devient le refuge des condamnés par
contumace, mais l’insécurité est réduite par une redevance sur les ports
d’armes. Les impôts comme le commerce sont iniques et les Génois
se réservent des monopoles. Après 1638, une
nouvelle politique économique est alors instaurée : plantation d’arbres
et de vignes, accroissement du cheptel, etc. mais aucun Corse ne peut
accéder à la propriété. Les bergers corses sont chassés peu à peu des
plaines, les autochtones grondent. En 1729, éclate
la guerre d’Indépendance.
Les guerres d'indépendance
corses
Émeutes de 1729
Les émeutes spontanées de 1729 éclatent suite à l'incident de
Bustanico, à
savoir le prélèvement des impôts par le gouverneur en dépit de la
décision de Gênes d'arrêter leur levée. Elles se cristallisent sur
le refus de l'impôt, mais les causes profondes sont multiples : la
pression fiscale en général, taille et gabelle jugées excessives pour le
contexte
économique de crise ; mais aussi, les abus des percepteurs génois envers
les Corses ; et enfin, l'insécurité exacerbée par la disette, due à des
bandits isolés ou à des
bandes audacieuses. Cette troisième raison entraîne la demande de
rétablissement du port d'armes, dans un souci traditionnel en Corse
d'assurer soi-même sa propre sécurité et de se faire sa propre justice.
Gênes interprète cette revendication comme un refus de payer l'impôt de deux
seini.
Les premières émeutes démarrent en novembre 1729, dans la
région du Bozio. La rébellion
s'étend par la suite à la Castagniccia,
la Casinca,
puis le Niolo.
Saint-Florent et Algajola sont alors attaquées, Bastia mise à sac en
février 1730, et en
décembre de cette même année, lors de la consulte de Saint-Pancrate, la
Corse élit ses généraux : Luigi Giafferi,
Andrea Ceccaldi et l'abbé Raffaelli. Gênes
fait alors appel aux troupes de l'empereur Charles VI. Cette
intervention
impériale de 1731 est repoussée une première fois mais quelques semaines
plus tard, de
puissants renforts viennent à bout des rebelles. En juin 1733, Gênes
accorde au peuple corse certaines concessions garanties par l'Empereur,
mais jugées insuffisantes dans l'île. La rébellion reprend quelques mois
plus tard, sous le commandement cette fois de Hyacinthe Paoli, le père
de Pascal.
Théodore de
Neuhoff
Le 15 avril 1736,
Théodore de Neuhoff, choisi par des partisans corses, est élu roi et
promulgue des lois qui le rendent populaire. Il installe la capitale de
l'île à Cervioni en Castagniccia. Cependant il ne parvient pas à
s'imposer aux monarchies génoise, française, britannique. Dépité au bout
de 7 mois, il repart sur le continent. Il tentera un retour en 1738
puis en 1743, avec
les Britanniques, sans succès.
Les
interventions françaises
En 1737,
par la convention
de Versailles, la France s'engage à intervenir en Corse si Gênes en
fait la demande.
Le gênois Gian Francesco II Brignole Sale,
ancien chef de la junte chargé d'examiner les demandes des insurgés et
ambassadeur de Gênes à Versailles obtient de la France l'envoi d'un
corps expéditionnaire de 3000 hommes sous les ordres du comte
de Boissieux. Lors de la première intervention, de 1738 à 1741, les
troupes françaises,
alors alliées à Gênes, débarquent en Corse, où elles sont vaincues à
Borgo le 13 décembre 1738. Quatre
mois plus tard, le gouvernement français envoie sur l'île des renforts
commandés par le marquis de Maillebois, qui obtient
la reddition des insurgés en juillet 1740. S'ensuit
le départ en exil des chefs de cette rébellion, notamment Giafferi et
Hyacinthe Paoli, qui emmène avec lui son fils, Pascal.
En 1745,
une coalition anglo-austro-sarde,
opposée aux Français, aux Espagnols et aux Génois dans la guerre de
succession d'Autriche s'empare de Bastia, avec l'aide de Rivarola, alors
chef d'une faction corse. La deuxième
intervention française de 1746 permit à Gênes de reprendre la ville,
grâce à une
discorde entre les chefs Rivarola, Gaffori et Matra. En 1748, Bastia
est attaquée par la même coalition, appuyée par les insulaires, mais les
assiégeants doivent se retirer avec la paix d'Aix-la-Chapelle.
À partir de 1748,
l'île est administrée, pour le compte de Gênes, par le marquis de
Cursay. En octobre 1752, les patriotes corses rejettent les règlements
proposés par Cursay et adoptent un nouveau système de gouvernement sous
le commandement de Gaffori. Cursay est renvoyé en décembre de la même
année. Un an plus tard, Gaffori est assassiné. Il s'établit alors une
régence présidée par Clémente Paoli,
qui rappelle Pascal Paoli en Corse. Le 14 juillet 1755, ce
dernier est élu général en chef de Corse à la consulte du couvent
Saint-Antoine de
la Casabianca d'Ampugnani. En novembre, sa constitution est adoptée par
une consulte de Corte : elle
prévoit la séparation des pouvoirs et le vote des femmes. Considérée
comme la première constitution démocratique des Temps Modernes,
Jean-Jacques Rousseau, Voltaire,
James Boswell et de nombreux penseurs des Lumières en présentent les
mérites.
Pascal Paoli, général
de la Corse
En 1757,
les Matra, appuyés par Gênes,
et Colonna de
Bozzi, allié de la France, soulèvent une révolte. Pascal
Paoli, alors élu général de la Nation, les écrase. Il crée
une marine qui lui permet de soumettre le Cap
Corse en 1761 et de s'emparer de Capraia en 1767, mais
échoue cependant dans sa tentative de prendre d'assaut les villes
côtières génoises.
En 1756,
les Français signent le traité de
Compiègne qui accorde à Gênes des subsides et des troupes pour
occuper Ajaccio,
Calvi et
Saint-Florent jusqu'en mars 1759. En 1758, Pascal
Paoli fonde l'Île-Rousse. Quatre ans plus tard, il fait
adopter le drapeau à la tête de Maure et crée une monnaie. Le
6 août 1764 est signé
le second traité de
Compiègne. Les troupes françaises s'engagent alors à tenir garnison
dans les trois villes déjà occupées ainsi qu'à Bastia et à
Algajola pendant quatre ans. En 1765, Corte devient la capitale de la
Corse, et une
université y est créée.
Bien que Pascal Paoli continue à correspondre avec le duc de Choiseul
dans l'espoir
d'assurer l'indépendance de la Corse, le 5 mai 1768, par le traité de
Versailles, Gênes cède à la France la souveraineté sur l'île.
Conquête,
répression, pacification
En juillet 1768,
suite au traité de Versailles, la France rachète à Gênes ses droits sur
l'île. En fait, au départ il
s'agit seulement d'une délégation, la France est chargée d'administrer
la Corse durant dix ans et de la pacifier. Gênes étant dans l'incapacité
de rembourser à la France ses frais, l'île devint au bout de dix ans,
propriété de la France.
Les troupes françaises occupent rapidement le Cap
Corse, et un mois plus tard, le marquis de Chauvelin débarque avec
de nombreuses troupes sous son commandement. Les Français sont vaincus à
la bataille de Borgo en octobre. Mais, au
printemps 1769,
le comte de Vaux débarque avec 24 000 hommes et bat les patriotes le 9
mai à Ponte Novu.
Pascal Paoli quitte la Corse le 13 juin 1769. Napoléon Bonaparte naît
un mois plus tard, le 15 août 1769. En 1774, les
nationalistes se révoltent, mais sont réprimés dans le Niolo. C'est
le début d'une longue série d'amnisties (1776), dont
Paoli, alors à Londres, refuse de profiter.
La Corse est gouvernée par Marbeuf et devient pays d'États.
Les États de Corse, assemblés et composés de 23 députés de chacun des
trois ordres, choisis par élection indirecte, se réunissent huit fois
entre 1770 et 1785.
L'assemblée n'a qu'un rôle consultatif : toute décision dépend des
commissaires du roi, l'intendant et le commandant en chef.
L'administration confie peu de postes
aux Corses sauf dans les échelons subalternes de la magistrature.
L'administration des communes reste toutefois aux mains des autochtones.
L'ordre de la noblesse est créé, des titres sont accordés à plus de 80
familles (parmi lesquelles les Bonaparte). Les nobles ne bénéficient pas
de
privilèges féodaux, mais peuvent obtenir divers avantages : concessions
de terres, places d'officiers dans des régiments formés pour les Corses,
bourses pour leurs enfants dans les écoles du continent.
Les tentatives de développement agricole et industriel sont peu
efficaces. Les impôts directs, perçus dès 1778 en
nature, pèsent surtout sur les pauvres. Les premières routes sont
construites (de Bastia à Saint-Florent,
et de Bastia à Corte)
et le plan Terrier est mis en œuvre. Les recensements démontrent un
accroissement continu de la population. En 1789, alors
que la Révolution éclate en France,
l'Assemblée nationale, incitée par une lettre d'un comité patriotique de
Bastia,
décrète que la Corse est désormais partie intégrante de la monarchie
française. Les Corses exilés sont alors autorisés à rentrer en France.
Le 15 janvier 1790, la
Corse devient un département avec Bastia comme chef-lieu et siège de
l'unique évêché.
La Révolution et le royaume anglo-corse
En juillet 1790,
les révolutionnaires français autorisent le retour de Pascal
Paoli sur le territoire insulaire. En septembre, il est élu
commandant en chef des gardes
nationales corses, puis président du conseil général du département. En
juin 1791, une
émeute religieuse éclate à Bastia, après la déposition de l'évêque qui
refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé.
Paoli la réprime et, en 1792, transfère le chef-lieu à Corte,
s'attirant ainsi l'hostilité des Jacobins corses, dont Christophe
Saliceti et les frères Bonaparte.
Le 1er février 1793, la Convention décide
d'envoyer trois commissaires (dont Saliceti) en Corse pour surveiller
la
conduite de Pascal Paoli. Le même mois, ce dernier est tenu
pour responsable de l'échec d'une expédition contre la Sardaigne à
laquelle participait Napoléon Bonaparte. Le 2 avril,
la Convention décrète son arrestation, ainsi que celle de Charles
André Pozzo di Borgo : Lucien Bonaparte les accuse de despotisme.
Face aux menaces des Paolistes, les commissaires en Corse depuis le 5
avril,
hésitent cependant à exécuter l'ordre. Fin mai, une consulte à Corte
condamne le gouvernement français et proclame Paoli Père de la Patrie.
Ses partisans s'imposent à Ajaccio et saccagent la maison Bonaparte.
Avec l'appui de Napoléon Bonaparte,
les commissaires tentent d'attaquer Ajaccio par la mer, ce qui se solde
par un échec.
Le 11 juillet 1793, la Corse est divisée en deux départements, le
Golo et le Liamone.
Cette scission sera effective en 1796.
Pendant le même mois, la Convention met Paoli et Pozzo di Borgo hors
la loi, alors que la milice Paolienne
tient les troupes républicaines enfermées à Calvi, Saint-Florent et
Bastia.
Paoli cherche appui auprès des Britanniques qui envoient Sir Gilbert
Elliot,
accompagné de conseillers militaires, en janvier 1794. Bientôt,
des forces britanniques assiègent et occupent Saint-Florent (février),
Bastia (avril-mai), et Calvi (juin-août). Les patriotes et les députés,
réunis en consulte à Corte le 10 juin 1794,
proclament le Royaume Anglo-Corse, promulgue sa Constitution et
élèvent Paoli au rang de Babbu di a Patria (Père de la Patrie).
Pourtant, Sir Gilbert est désigné vice-roi,
au mécontentement de Paoli. Ce dernier soulèvera alors une émeute en
1795 dirigée
contre Sir Gilbert et Pozzo di Borgo. Mais il est rappelé en
Grande-Bretagne où il s'exile le 13 octobre 1795. En
avril 1796,
des émeutes provoquées par le parti républicain éclatent, Sir Gilbert
reçoit l'ordre d'évacuer la Corse. Des troupes de l'armée napoléonienne
d'Italie occupent par la suite l'île sans rencontrer d'opposition.
Premier Empire
Portrait de Napoléon Bonaparte
(Ingres), il est né le 15 août 1769 à Ajaccio et deviendra Empereur des
Français en 1804.
En 1796,
l'organisation des départements du Golo et du Liamone créés trois ans
auparavant est confiée à Christophe Saliceti.
En 1798,
le clergé déclenche la Révolte de la Crocetta dans le nord de
l'île. En décembre, une coalition de Corses exilés, royalistes,
paolistes et pro-britanniques, suscitent un soulèvement au Fiumorbo avec
l'appui de la Sardaigne et de la Russie.
Les répressions sont sévères.
En 1801,
Napoléon suspend la Constitution en Corse. Il y
envoie Miot de Melito comme administrateur général. Celui-ci
mettra en place des
concessions fiscales, les Arrêtés Miot. Ensuite, le général
Morand gouverne l'île avec une dureté
extrême. Le Décret impérial mis en place en 1810 permet de
nouveaux dégrèvements fiscaux. Puis l'île est réunie en un seul
département, avec Ajaccio pour le chef-lieu. Le général Morand est alors
remplacé par le général César Berthier, frère du futur maréchal
Louis-Alexandre Berthier.
L'exil de Napoléon à l'île
d'Elbe provoquera des réjouissances à Ajaccio. Bastia accueillera
alors des troupes britanniques commandées par le général
Montrésor. En mars et avril 1815, des
agents de Napoléon envoyés de l'île d'Elbe réussissent à s'imposer en
Corse. Durant les Cent-Jours, l'île est administrée jusqu'à Waterloo par
le Duc
de Padoue. En février 1816, a lieu un dernier soulèvement bonapartiste,
la guerre
du Fiumorbo, mené par le Commandant Poli. Malgré
leur importance et leur résolution, et après une farouche résistance,
les partisans de Napoléon, pourtant invaincus, mais assurés de
l'amnistie générale, quittent la Corse.
Second Empire
Sous le second Empire, la famille Abbatucci originaire de village de
Zicavo obtient tous les pouvoirs de Napoléon III pour ce qui concerne le
développement économique de la Corse.
Jacques Pierre Abbatucci , ancien député de la Corse puis du
Loiret sous la Monarchie de Juillet
et ancien magistrat à la cour de cassation, est un proche de
l’Empereur.
Le dix août 1849, il est chargé officiellement par Louis Napoléon
Bonaparte, alors Président de la République, d’un rapport sur les
besoins de la Corse, et du suivi des dossiers relatifs à l’île auprès
des différents ministères concernés, ce qui en fait le premier
« Monsieur Corse » de l’histoire.
Après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, il est nommé garde des
sceaux puis élevé à la dignité de Sénateur lors du retour de l'Empire.Il
gardera ces titres jusqu'à sa mort en 1857.
Conseiller officiel de l’Empereur,il préside le Conseil des ministres
lors de ses absences, la fonction de premier ministre n'existant pas
sous le second Empire.
Son fils Séverin, sera député de la Corse pendant tout le second
Empire de 1852 à 1871. Son autre fils Charles a également été député de
l'Île de 1849 à 1851, et de 1872 à 1881.
Maitre des requêtes, puis Conseiller d’Etat, il était président du
Conseil Général de la Corse de 1852 à 1857.
Les deux frères représentèrent donc alternativement la Corse à
l’Assemblée Nationale pendant 32 ans, de 1849 à 1881.
On peut donc associer le nom des Abbatucci à une grande partie des
immenses progrès réalisés en Corse sous le second Empire. La créations
de plus de 2 000 km de routes, l’interdiction du port d’armes,
l’interdiction du libre parcours du bétail, l’installation du télégraphe
et du premier courrier maritime postal, l’assèchement de marais, la
délimitation des forets domainiales et communales, la construction des
palais de justice de Bastia et d'Ajaccio,la création du canal de la
Gravona, le développement de l'industrie minière,la création des comices
agricoles et des pénitenciers agricoles de Casabianda, Casteluccio et
Coti-Chiavari, l'aménagement des ports de Bastia