Le département de Lot-et-Garonne est un département français
dont le nom vient
de deux cours d'eau : le Lot et la Garonne. L'Insee et la Poste lui
attribuent le code 47.
Histoire
Article détaillé : Histoire du Lot-et-Garonne.
Le département de Lot-et-Garonne est formé en 1790. Le
chef-lieu est partagé entre Aiguillon et Agen, avant de
revenir définitivement à cette ville.
Géographie
Article détaillé : Géographie de Lot-et-Garonne.
Le département de
Lot-et-Garonne fait partie de la région Aquitaine.
Il est limitrophe des départements du Lot, de Tarn-et-Garonne, du Gers,
des Landes, de la Gironde et de la Dordogne.
Relief
Dans l'ensemble le milieu naturel lot-et-garonnais présente des
modelés assez doux en raison de la nature des terrains géologiques qui
le constituent. La vaste zone de plateaux qui couvre moins de 400.000 ha
est composée de terrains d'origine marneuse ou mollassique et de
coteaux calcaires ou argilo-calcaires.
La partie septentrionale de Lot-et-Garonne, entre Garonne,
Lot et Dropt, est
plutôt constituée de collines calcaires aux formes vallonnées. Sur les
buttes se placent quelques gros bourgs comme ceux de Monflanquin,
Monclar, Cancon ou Castillonnès. Le paysage est ouvert avec de
grands champs céréaliers et des prairies. Les régions proches de la
bordure nord orientale présentent des formes plus contrastées, en raison
de l'existence de calcaires jurassiques dans le Quercy et
crétacés en Périgord. Il s’agit du « pays au bois » ainsi
dénommé en raison du maintien d’un couvert forestier important. Cette
région a également fourni du minerai de fer qui a permis de fixer
l’activité métallurgique le long des rivières et sur le Lot.
Entre Garonne et Lot se place le « pays des serres », plateau qui
domine de manière marquée (parfois de plus de 100 m) les deux vallées
fluviales. La platitude n’est pas absolue en raison de l’entaille des
cours d’eau qui descendent rapidement vers les deux grandes vallées et
de l’existence de buttes, les « puechs », au sommet desquels sont
parfois placés de gros villages comme Tournon-d'Agenais ou Puymirol.
Au sud d’Agen,
les collines du Néracais se développent sur la mollasse et annoncent
les paysages gersois. Des paysages très vallonnés portent une
agriculture céréalière et viticole.
Les sables du massif landais recouvrent le quart sud-ouest sur 80 000
ha environ. Les Landes du Lot-et-Garonne sont
partie intégrante des Landes de Gascogne : formes moutonnées, pins
maritimes,
routes rectilignes, traditions et populations (gascons de la lande).
Entre Casteljaloux et le Marmandais s’ouvre un espace de transition
de plus en plus marqué par une
agriculture intensive en s’approchant de la vallée de
la Garonne.
Les plaines tiennent une grande place (plus de 100 000 ha),
principalement celles de la Garonne et du Lot, qui s'élargissent en
certains endroits
sur plusieurs kilomètres. Les divagations de la Garonne dans sa vallée
ont obligé les villes à se fixer sur sa rive droite : Agen, Aiguillon,
Tonneins,
Marmande.
Les voies de communication modernes, sauf l’autoroute, ont fait de
même. Les zones inondables ou humides sont souvent occupées de champs de
maïs et de peupleraies dont la
production est utilisée dans l’industrie du bois pour la fabrication de
cagettes. Sur ces riches terres domine cependant une agriculture
fruitière et légumière.
Hydrographie
Trois raisons expliquent principalement la fréquence et la gravité
des crues en Lot-et-Garonne. Ce phénomène tient d'abord à la
concentration exceptionnelle des cours d'eau dans cette région. Outre
les grands émissaires que sont le Tarn, en amont d'Agen et le Lot dans
sa partie centrale, tous deux amenant les eaux
tombées dans le sud du Massif central, une multitude de rivières plus ou
moins
longues, rejoignent la Garonne sur la rive gauche : le Gers, la Baïse
pour les plus importantes. Ce rassemblement, allié à l'étroitesse du lit
de la Garonne, qui même en période de débordement est encombré de
nombreux obstacles, rendent catastrophiques les crues provoquées,
suivant le cas, par les précipitations et la fonte des neiges. En outre,
la plupart des cours d'eau ont une faible hydraulicité du fait de leur
modeste pente ; celle-ci est inférieure à 0,5 pour mille sur la Garonne à
partir de Malause en amont d’Agen.
Les données climatiques jouent également un rôle déterminant dans la
montée des eaux. La moyenne Garonne est sensible à toutes sortes
d’influences : pluies d'origine méditerranéenne, dites encore cévenoles
affectant principalement le bassin supérieur du Tarn ; celles,
océaniques, frappant les Pyrénées et Lannemezan associées à la fonte des
neiges ; celles, enfin, liées aux
perturbations touchant la partie occidentale du bassin. La grande crue
de mars 1930 est du premier type, tandis qu’une des plus récentes, celle
de décembre 1981,
relève plutôt de la dernière influence. Enfin, il ne faut pas négliger
les violentes ondées orageuses, qui dans le meilleur des cas ne touchent
qu'une petite région, mais peuvent aussi atteindre une ampleur
exceptionnelle. Pour un débit moyen de 650 m³/s au Mas-d'Agenais (1800
m³/s
aux hautes eaux et 120 m³/s à l'étiage pendant les mois d'été), on
atteint des valeurs exceptionnelles lors des grandes crues des cent
dernières années: 8500 m³/s en mai 1875, 7500
m³/s en février 1952 et en décembre 1981. Ces
paroxysmes s'accompagnent de cotes maximales dépassant régulièrement de
10 m le niveau normal à Tonneins, Marmande et La Réole. Le record est de
10,70 m à Tonneins en 1930 (10 m
en 1981), de 11,40 m à Marmande en 1875, (10,56 en 1981). Agen faisant
exception, les dégâts affectent davantage les campagnes que les villes.
Lors de la catastrophe la plus récente, celle de décembre 1981,
aucune perte en vie humaine n'a été déplorée, ce qui n'avait pas été le
cas en 1875 où l'on dénombra 500 morts et en 1930 (200
morts pour tout le bassin). En 1981, les
dégâts matériels furent estimés à près de 25 millions d’euros pour
l’ensemble du bassin. Près de la moitié représente les pertes causées
par la submersion de plus de 80 000 ha dans la plaine de la Garonne,
valeur nettement plus élevée lorsque la montée des eaux a lieu au
printemps,
au moment où les champs sont ensemencés. On conçoit, dans ces
conditions, que les responsables politiques et économiques soient
intéressés par la mise en application d'un certain nombre de mesures
visant à éliminer les risques de crues. Les solutions sont connues
depuis fort longtemps : construire de grands réservoirs sur la Garonne
et ses principaux affluents, renforcer les endiguements et rationaliser
leurs implantations, libérer le lit mineur de tous les obstacles qui
entravent la circulation rapide des eaux au moment de leur montée.
Certaines de ces propositions sont toutefois inapplicables et le coût de
ces opérations prohibitif. D’importants travaux ont été entrepris pour
protéger l’agglomération agenaise. Il est vrai aussi qu’en relation avec
le probable changement climatique, l’intérêt pour ces grands projets se
relâche car il n’y a pas eu de crues importantes au cours de ces
dernières années.
La troisième raison, et non la moindre, est la conversion en masse
par drainage (surtout depuis les années cinquante) des zones humides
(elles servaient de pâture au
bétail) en terres céréalières ou maraichères, cela pour nourrir la
population d'après-guerre. C'était une volonté politique de l'Union
européenne.
Climat
Le Lot-et-Garonne se situe dans la zone climatique océanique. Mais,
il s'agit d'un climat océanique dégradé avec une amplitude thermique
annuelle plus marquée et des
précipitations moins abondantes que sur le littoral aquitain. De plus, à
la différence du littoral, le printemps (surtout à sa fin) y est plus
arrosé que l'hiver. Les vents dominants sont d'ouest sans être exclusifs2.
| Données climatiques | Lot-et-Garonne (Agen)3 | Moyenne nationale |
| Insolation |
1984 heures / an |
1973 heures / an |
| Précipitations |
716 millimètres / an |
770 millimètres / an |
| Brouillard |
70,6 jours / an |
40 jours / an |
| Orage |
30 jours / an |
22 jours / an |
| Neige |
4,8 jours / an |
14 jours / an |
| Mois | Janv | Fév | Mars | Avril | Mai | Juin | Juil | Août | Sept | Oct | Nov | Déc | Année |
| Températures minimales moyennes °C (Agen)3 |
3,1 |
4,5 |
5,0 |
6,7 |
10,6 |
13,2 |
15,4 |
15,1 |
13,0 |
10,6 |
6,6 |
4,0 |
8,2 |
| Températures maximales moyennes °C (Agen)3 |
8,5 |
10,8 |
13,6 |
16,4 |
20,2 |
23,8 |
26,9 |
26,2 |
24,1 |
19,0 |
12,5 |
8,8 |
17,6 |
| Températures moyennes °C (Agen)3 |
5,1 |
6,7 |
8,6 |
11,3 |
14,8 |
18,2 |
20,8 |
20,2 |
18,0 |
14,0 |
8,6 |
5,6 |
12,6 |
Démographie
Si le Lot-et-Garonne compte 324 170 habitants en 2007 selon les
derniers résultats de l'INSEE4,
il demeure moins peuplé qu’au milieu du XIXe siècle
car il a connu un déclin
démographique prononcé sur près d’un siècle. Après avoir enregistré une
nette reprise démographique après la Seconde Guerre mondiale, sa
population ne progresse plus de manière régulière au cours des 25
dernières années.
L'évolution des naissances et des décès de 1806 à 1951
La
dépopulation de Lot-et-Garonne entre 1841 et 1921
La dépopulation est le fait marquant de l'histoire démographique du
département au cours d’une centaine d’années. Il est possible de
distinguer trois grandes phases. D'abord une période de croissance
continue, depuis la fin du XVIIIe siècle
jusque vers 1836-1841, suivie
d'une baisse de la population, révélée par le recensement de 1846.
Désormais le Lot-et-Garonne, tout comme les départements voisins, perd
des habitants et ce mouvement se poursuit jusqu'à l'entre-deux-guerres.
L'évolution de la population de l'Agenais entre 1841 (année du maximum)
et 1982.
Le Lot-et-Garonne a gagné 22 450 personnes en quarante ans, soit en
moyenne 2 800 tous les cinq ans ; la progression fut la plus forte entre
1821 et 1836 avec un
gain supérieur à 16 000 sur quinze ans. Si le maximum fut effectivement
atteint en 1841 avec un peu plus de 347 000 habitants, il faut
considérer que la
période de croissance était interrompue dès 1831. Pendant
80 ans, d'un recensement à l'autre, le Lot-et-Garonne a perdu des
habitants. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le
Lot-et-Garonne ne comptait plus que 240 000 habitants contre 347 000 en
1841, soit
une perte de 107 000 individus. L’inquiétude liée à cette situation est
perceptible à travers la réflexion amère de l'archiviste départemental,
commentant les résultats de 1911 : « la race agenaise, pourtant si
gracieuse et si
alerte, tend de plus en plus à s'éliminer du sol français. Tous les
jours elle fond sous nos yeux ». Entre 1841 et 1921, seules
douze communes dont les trois chefs-lieux d’arrondissement : Agen, siège
de
préfecture, Marmande, et Villeneuve-sur-Lot ainsi que quelques
cités industrielles (Casteljaloux, Miramont-de-Guyenne, Lavardac,
Fumel)
ne perdent pas d’habitants. À l’opposé, près de 30% des communes ont
perdu plus de la moitié de leur population. Toutes les autres communes
enregistrent de fort taux de recul de leur population, la moitié d’entre
elles perdant près de 50% de leurs habitants. Seules les communes
rurales proches des vallées connaissent des diminutions moins fortes.
La réduction du nombre des naissances est la principale cause du
dépeuplement du Lot-et-Garonne. En un
siècle, de 1846 à 1946, il
a perdu plus de 130 000 personnes du fait de décès trop nombreux par
rapport aux naissances, déficit en partie compensé, seulement, par un
apport migratoire de plus de 50 000 individus, principalement entre les
deux guerres et durant la Seconde Guerre mondiale en raison de l’accueil
de réfugiés. C’est entre 1901 et 1921 que le recul de la population est
le plus prononcé
en raison d’un déficit naturel qui frôle 40 000 individus (déficit des
naissances et pertes humaines pendant le premier conflit mondial) alors
que les apports migratoires sont négligeables.
Il est difficile de cerner les causes de la dénatalité. Deux choses
au moins sont acquises :
la baisse de la fécondité, que l'on peut mesurer à partir des années
1850, et le vieillissement de la population qui interdit ensuite
toute reprise. La faible fécondité témoignait d'une limitation
volontaire des naissances de la part des habitants. Il n'y a pas eu
d'études précises sur les moyens utilisés pour parvenir à ce résultat.
Un médecin, bon connaisseur des campagnes, a écrit que la répression
sévère des avortements, relèverait la natalité d'un quart. La baisse de
la fécondité aurait débuté très tôt au sein de
la bourgeoisie, puis aurait gagné les propriétaires ruraux vivant de la
polyculture.
La relative richesse de la plaine de la Garonne permettait de vivre
largement ou même de s'enrichir, à condition de
restreindre les dimensions du ménage.
Du fait de son solde migratoire positif, le Lot-et-Garonne a gagné
quelque 15 000 personnes entre 1821 et 1901, ce qui
est peu, si l'on songe que cela représentait un peu moins de 200
individus par an. Entre 1821 et 1851, l'absence de grands
bouleversements explique
l'importance des excédents pendant cette période, ceux-ci étant
d'ailleurs plus élevés durant les deux premières décennies que pendant
la dernière. De 1851 à 1861, au
contraire, les départs l'emportèrent sur les arrivées, du fait des
dérèglements apparus dans plusieurs domaines d'activités : crise de
l'ancien système de production agricole, repli de certaines activités
industrielles, déclin de la batellerie, sur la Garonne et ses affluents,
consécutif à la concurrence de
nouveaux modes de transport.
Le Lot-et-Garonne offrait pourtant l'originalité d'être l'un des
rares départements ruraux français, ayant connu un excédent des arrivées
sur les départs sur la période qui court jusqu’à la Seconde Guerre
mondiale. Périgourdins, Caussenards, Limousins, Pyrénéens ou encore
Aveyronnais, se sont dirigés vers cette région ; de nombreux toponymes
dans le Marmandais évoquent en effet aujourd’hui l’Auvergne, les
Auvergnats, Aurillac, les Rouergats, Landais de la côte (Marensin)
venus pour le gemmage des pins maritimes dans les Landes du
Lot-et-Garonne. Tout autre fut l'arrivée des paysans de l'Ouest, qui
débuta seulement à la fin du XIXe siècle ; la
plus importante, la migration
des Vendéens, commença vers 1890, culminant au début du XXe siècle et s'éteignit un peu avant la Première
Guerre mondiale.
Bien que modeste, l'apport des étrangers ne peut être négligé. Avant
1850 on en
comptait moins de 2 000 en Lot-et-Garonne. Ce nombre s'accroît fortement
après 1860,
le maximum étant atteint en 1881 avec 7 000. Plus de 90% de ces
étrangers étaient
Espagnols. Une petite minorité d'entre eux venaient comme saisonniers
agricoles ; certains se fixèrent progressivement en prenant en bail des
métairies.
La plupart s'installèrent dans les principales villes de l'Agenais,
occupant en majorité des emplois industriels, comme ouvriers et
manœuvres ; ils se regroupèrent dans quelques quartiers, tel à Agen
celui de
la Porte du Pin où
ils étaient plus de 3 000 ou encore dans le Néracais et Casteljaloux
pour répondre au besoin de main-d’œuvre de l'industrie et la
construction des lignes de chemin de fer. Entre les deux guerres,
l'arrivée massive des Italiens, originaires pour la plupart de la région
de
Venise,
a été à l'origine du gonflement de la population étrangère en
Lot-et-Garonne, si bien qu'en 1936 les
Italiens représentaient environ 60% des étrangers. Aucune autre
tentative de peuplement n'a rencontré autant de succès, les Polonais
étant peu nombreux (moins de 2 000) malgré une progression régulière de
leurs effectifs, l'intérêt des Suisses très limité et la proportion
d'Espagnols toujours assez stable. Cette population étrangère était
beaucoup plus jeune que les autochtones, la moitié des individus ayant
moins de 30 ans et 2,5% seulement plus de 65 ans (contre 9% pour
l'ensemble de Lot-et-Garonne). Arrivèrent en effet une majorité de
jeunes adultes, pour la plupart à la tête d'une famille nombreuse. De
plus, ces Italiens conservèrent une fécondité beaucoup plus forte
pendant quelques années, ce qui expliquait la proportion des enfants de
moins de 15 ans, de l'ordre de 30% contre 23% dans les pays garonnais.
Toutefois ces immigrés, plus particulièrement les Italiens, se sont si
parfaitement intégrés dans leur nouveau territoire, qu'ils ont très vite
adopté les habitudes locales en matière de fécondité.
Cet apport migratoire entre les deux guerres a donc été un élément
plutôt favorable pour le Lot-et-Garonne durement touché par la
dénatalité et par les pertes liées aux combats de la guerre de
1914-1918. Mais,
contrairement à d'autres régions qui ont servi d'exutoire aux migrations
parce qu'elles avaient besoin d'une main-d’œuvre industrielle, il
s'agissait dans ce cas de mouvements de repeuplement de campagnes.
Les
nouvelles formes de l’évolution démographique après 1945
De l’entre-deux-guerres aux années
1980, le Lot-et-Garonne a gagné plus de 50 000 habitants. Par
rapport à la période précédente, il s'agit d'un changement fondamental
qui s'explique, en grande partie, par la place prise désormais par les
villes dans le processus général de croissance de la population de cette
région : les centres urbains ont connu, depuis 1936, une
progression soutenue, au rythme de 5 à 10% entre chaque recensement,
alors que le monde rural enregistrait un recul continu. Cependant, si la
population s'accroît régulièrement c'est presque toujours à un rythme
plus lent que celui de la France et cette croissance est surtout le fait
des villes les plus importantes. Cette croissance repose plus sur les
apports migratoires que sur le solde naturel régulièrement déficitaire
depuis le milieu des années 1970. Après la stagnation des années
1990, la population de Lot-et-Garonne augmente de nouveau, de
manière nette pour atteindre près de 318 000 habitants selon les
estimations de 2005.
Cette nouvelle croissance est à mettre en rapport avec l’attractivité
de l’Aquitaine auprès des migrants venus des régions au nord de la
Loire. Pour autant, le Lot-et-Garonne attire moins que le
littoral, il compte moins d’habitants qu’au début du XIXe siècle et reste le département le moins
peuplé d’Aquitaine.
Après plus d'un siècle de dénatalité, l'Agenais est entré dans une
nouvelle phase démographique à partir de la Seconde Guerre mondiale. Les
naissances plus nombreuses que les décès ont permis une croissance
régulière de la population jusqu'au début des années
1970. Puis, du fait du départ des plus jeunes vers la région
parisienne et les deux métropoles régionales, Bordeaux et Toulouse, le
solde naturel est redevenu négatif. Les conséquences du vieillissement
de la population se font nettement sentir à la fin du XXe siècle, avec un déficit de plus de 3 000
personnes dans la dernière décennie.
Le vieillissement de la population (l’âge moyen est passé de 40 à 42
ans entre 1990 et 1999)
n’augure rien de bon, en ce qui concerne le dynamisme démographique,
pour les années à venir, d’autant que les jeunes adultes continuent de
quitter le département alors que ce dernier attire des adultes déjà
mariés, avec des enfants. Ainsi, entre 1990 et 1999, plus de
40% des nouveaux venus ont entre 30 et 60 ans et un tiers d’entre eux
ont plus de 40 ans. Heureusement, ils ont des enfants, les moins de 14
ans représentant plus de 20% des nouveaux arrivants depuis 1990. Ces
éléments expliquent que les inactifs rassemblent 40% (enfants, épouses…)
de ces récents migrants vers le Lot-et-Garonne et il faudrait y ajouter
les 13% de retraités. Les employés et les professions intermédiaires,
puis les ouvriers, sont les plus nombreux parmi les actifs.
Durant la seconde moitié du XXe siècle, le
Lot-et-Garonne a connu le plus
formidable exode rural de son histoire. Les communes rurales ont perdu,
en moyenne, près de 1% de leurs habitants par an entre 1954 et 1962,
mais
certaines nettement plus : dans 35 d'entre elles on enregistre une perte
annuelle supérieure à 3%. Leur apparente dispersion sur l'ensemble du
département ne doit pas faire illusion, elle souligne au contraire les
espaces les plus frappés par ce phénomène de désertion des campagnes. Il
en est ainsi dans les Serres de
l'Agenais, parfaitement limitées entre le Lot et la Garonne, où les
seuls cas de croissance s'observent
dans les vallées autour de grandes cités. Même les bourgs, chefs-lieux
de cantons, comme Montaigu-de-Quercy, Laroque-Timbaut ou Prayssas ont
été incapables de s'opposer à cet exode qui s'ajoutait à une longue
dénatalité. L'attraction d'Agen et de Villeneuve-sur-Lot s'exerce ici
pleinement. Les départs sont tout aussi fréquents dans les Landes et
leur bordure sauf dans
quelques bourgs ou villes, ainsi que dans les collines du Gers, si bien
que toute la frange
méridionale de l'Agenais a été affectée par cet exode. Là se trouvent
quelques-unes unes des communes les moins peuplées de Lot-et-Garonne.
Sous un titre choc, "Sos est-il condamné à mourir ?", le maire de cette
bourgade résumait ainsi l'évolution récente : « quand j'étais enfant, il
y avait 1200 habitants dans le bourg, maintenant 700. À chaque fois que
je revenais au pays, selon le hasard de mes déplacements
professionnels, je voyais Sos décliner ? Les marchands sont passés, les
maquignons sont passés, et les foires ont disparu, alors qu'elles
attiraient ici tant de monde. Sur cinq cafés, il n'en subsiste qu’un ;
sur trois restaurants, il n'en reste plus qu'un seul, et encore ces
trois restaurants nous ont longtemps camouflé la réalité, comme ils
attiraient du monde, nous avons cru que la vie était toujours là ». Dans
les coteaux nord de la Garonne, plus particulièrement au contact du
Périgord, la situation n'est pas plus enviable, et, de Duras à
Villeréal,
les pertes sont considérables, les départs mettant en difficulté les
rares commerces ou services restants, qui à leur tour, au moment de leur
fermeture pour cause de retraite, peuvent provoquer une nouvelle vague
de migrants.
Toujours présents, en Lot-et-Garonne, les étrangers pèsent cependant
moins lourds au sein de la population totale. D'un peu plus de 33 000 au
sortir de la dernière guerre, leur nombre est passé à 17 500 vers 1975,
chiffre
encore en diminution aujourd’hui puisqu’ils sont moins de 15 000 en
1999. En même
temps, leur part est en recul, tombant de 12% de l'effectif total à
moins de 5% actuellement. Si l'on est bien informé sur leur arrivée, on
manque par contre de précisions sur les départs et la naturalisation, ce
qui rend difficile toute explication de cette évolution. Un certain
nombre d'entre eux ont regagné leur pays, Italiens, et surtout
Espagnols, qui pour une part, étaient des réfugiés de la guerre civile
de 1936.
Quelques-uns ont demandé à être naturalisés parce que, s'étant assimilés
sans difficultés, ils ont préféré faire souche en Agenais. Les Italiens
sont remplacés par des
personnes originaires de la Péninsule ibérique, surtout des Portugais,
dont l'effectif approche 15% de la population étrangère, et par des
Maghrébins, Marocains principalement. Si certains demeurent des salariés
de l'agriculture, l’industrie en a accueilli le plus grand nombre, plus
particulièrement dans le Fumélois.
Au moment de la période difficile de la décolonisation, la France a
dû accueillir
plusieurs milliers de rapatriés, tous français de nationalité, certains
appartenant cependant à des cultures différentes. Le Lot-et-Garonne a,
bien entendu, bénéficié de cet apport. Un camp avait été construit, sur
le territoire de la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot, pour recevoir
des prisonniers Vietnamiens, dont le nombre atteignait 2 000 en 1946.
Par la
suite ce camp servit pour d'autres réfugiés d'Indochine,
après la défaite de 1954 ; ceux-ci formèrent une véritable communauté
autour d'une Pagode bouddhiste, avec leurs propres commerces et
activités, en marge du bourg. À peu de distance de là, à Bias, aux
portes de Villeneuve-sur-Lot, fut créé un centre
d'accueil pour les musulmans français d'Algérie, expulsés après
l'indépendance de ce pays. Dans des structures provisoires, mais
toujours fonctionnelles dans les années 1980, ont été
hébergés jusqu'à 3 000 Harkis à partir de 1962.
Contrairement aux Indochinois qui se sont peu fixés dans l'Agenais, les
Harkis ont essaimé en direction des principales villes.
Tout autre est la venue des rapatriés d'Afrique du Nord de souche
européenne qui arrivèrent en masse, et furent dirigés principalement
vers des exploitations agricoles qu'ils achetèrent. La première vague de
1954 à 1960 est
constituée de gens fortunés qui prennent possession des domaines de
vastes dimensions dans les vallées ainsi que dans les coteaux gersois.
Leur arrivée fit une forte impression sur les agriculteurs locaux, en
raison des moyens financiers dont ils disposaient et des techniques ou
méthodes commerciales qu'ils mirent en pratique, marquant de leur
empreinte les productions locales et amenant quelques paysans locaux à
les imiter. Bien que le nombre de ces premiers "colons" soit imprécis,
leur effectif était modeste comparé à la venue massive des "rapatriés" à
la suite des accords d'Évian, en 1962. En
Lot-et-Garonne, il en fut décompté près de 20 000, entre 1962 et 1966,
dont 83%
d'origine européenne, la très grande majorité ayant abandonné
l'Algérie.
Tous cependant ne se sont pas acclimatés dans cette région et seuls une
dizaine de milliers sont restés. Leur dispersion est assez forte en
Lot-et-Garonne ; quatre cantons, ceux de Duras, Marmande,
Monclar et Villeneuve-sur-Lot ont accueilli plus de
50 familles de "pieds noirs" ; ceux-ci préférèrent dans les autres cas,
les vallées de la Garonne et du Lot, mais délaissèrent les Landes, les
Serres de l'Agenais et le nord du département. Avec le temps, un petit
nombre seulement (moins de 2 000) ont continué de travailler la terre,
non sans succès, notamment dans le domaine de la production et de la
commercialisation. Mais la grande majorité des rapatriés ont maintenant
des emplois dans les autres branches de l'activité économique, résidant
dans les villes et les bourgs de la région. L’accroissement de la
population de Lot-et-Garonne ne profite pas à l’ensemble des communes du
département. La dynamique la plus favorable s’observe autour des trois
principales agglomérations en raison de leur capacité à
créer des emplois et à fixer les migrants qu’ils viennent des autres
communes du département, des régions voisines ou du reste de la France.
L’évolution récente indique cependant, que seule l’agglomération
d’Agen demeure attractive. Sa part dans la population totale s’accroît
sans cesse en raison de la stagnation de la population de
Villeneuve-sur-Lot et Marmande.
Dans les limites de l’aire
urbaine, c'est-à-dire de la zone au sein de laquelle au moins 40%
des actifs travaillent dans l’agglomération, Agen regroupe 30% de la
population de Lot-et-Garonne en 1999 contre
27% en 1982. En outre, sa capacité à fournir des emplois aux jeunes
ménages permet à Agen de disposer d’un solde naturel toujours positif
alors que ce n’est plus le cas du département et de la plupart des
autres villes. Ainsi, se vérifie, en Lot-et-Garonne comme dans le reste
de la France, la polarisation au profit d’un pôle majeur concentrant les
fonctions de direction entre Bordeaux et Toulouse.
Économie
Article détaillé : Économie
de Lot-et-Garonne.
La pointe extrême de la forêt landaise couvre le sud-ouest du
département : les Landes du Lot et
Garonne. Au sud-est, la viticulture domine (armagnac), ainsi qu'à
l'extrême nord
où notamment les côtes-de-Duras sont le
prolongement du vignoble du Bordelais. Au nord de la Garonne,
cultures et élevage sont associés. Les vallées sont le domaine
du maraîchage et des cultures fruitières (pruneaux d'Agen). Les
principaux sites
industriels sont Marmande, Tonneins,
Fumel et
Agen.
Leurs industries sont diversifiées et de taille modeste. L'axe de
transport Bordeaux-Toulouse traverse le département (canal, TGV,
autoroute).
Le Lot-et-Garonne est le premier producteur de France de kiwis,
noisettes et fraises. Outre les vins de Duras -patrie de Marguerite- on
trouve le Buzet, les côtes du Marmandais, les
côtes du Brulhois ainsi que le vin du Tsar et le vin de Pays de
l'Agenais. Superficie : 5 361 km² ; population (1999) : 305 380
habitants ; densité de population : 57 habitants / km².
Agriculture
L'agriculture occupe une position dominante en Lot-et-Garonne tant
par le nombre des actifs que par les revenus tirés de cette activité.
Cela tient à d'incontestables avantages climatiques et pédologiques, qui
font que la vallée de la Garonne apparaît plus spécialisée dans les
cultures de produits frais que toute autre région du Sud-Ouest, même si
la céréaliculture y occupe toujours une grande place. Cela résulte aussi
du travail des
hommes et des choix qu’ils ont opérés. Cette spécialisation vers le
marché a obligé le
Lot-et-Garonne à vivre très tôt en économie ouverte afin de pouvoir
écouler ses productions vers les autres régions françaises et à
l’international. On cultive dans le département beaucoup de céréales
telle que le maïs,le blé, l'orge, etc.
Les héritages
Quelques études ont souligné que les pays de la
Garonne appartenaient, au XVIIIe siècle, aux
régions riches, associant
productions agricoles et industrielles. Même si d'autres recherches plus
récentes ont mis en doute cette réalité, il est probable que la vallée
de la Garonne a effectivement connu une période très favorable au XVIIIe siècle. Le XIXe siècle
a été moins favorable, ce qui n’a
pas empêché l'agriculture d’enregistrer des mutations importantes du
fait de la disparition de quelques productions ou du développement de
nouvelles.
En 1806,
53% des terres utiles étaient consacrées aux labours, 11% aux vignes et
moins de 6% aux herbages. Pour cette même date :
sur 41,5 millions de francs, les productions
végétales représentaient 37,5 millions et les productions animales
quatre millions de francs seulement. À lui seul, le blé totalisait 45%
de ces revenus, et, avec les autres céréales, demeurait la culture la
plus répandue
dans les pays de la Moyenne Garonne.
Cette céréaliculture prédominait sur les collines calcaires et
molassiques, situées de part et d'autre de la Garonne et du Lot, ainsi
qu'entre ces deux cours d'eau.
Grande richesse d'exportation (10 000 t) pour les propriétaires, le
froment a été la grande préoccupation
de ces derniers, qui ont encouragé son extension au détriment des autres
productions, à l'exception du maïs qui
devait nourrir les travailleurs des champs. La vigne enregistra un fort
développement. Pourtant les vins de qualité
étaient alors peu nombreux, installés sur les coteaux qui produisaient
dans la majorité des cas, des vins blancs liquoreux, appelés aussi
« vins pourris » parce que la vendange intervenait le plus tard
possible, comme actuellement pour les Sauternes. Connu de longue date,
le prunier greffé (prunier d’Ente) s'étendit largement au XVIIIe siècle autour de Clairac, Tonneins et
Villeneuve-sur-Lot. Planté dans les
vignes, il fournissait un fruit très savoureux, se conservant
parfaitement et pouvant être exporté.
Vigne et cultures industrielles au XVIIIe siècle
Quelques plantes industrielles faisaient, elles aussi la réputation
de l'Agenais. Le chanvre que les paysans travaillaient en association
avec le blé dans
les terres de vallée servait notamment à l’habillement et à des
manufactures de cordages. Dès la fin du XVIIIe siècle, le chanvre reculait devant le tabac, en
raison de la perte des débouchés dans l'industrie, et de la fin du
monopole de la Compagnie des Indes. Introduit en 1637 dans la
région de Clairac, le tabac, très
vite sous le contrôle de l’État, devait acquérir très rapidement une
grande notoriété et provoquer un véritable engouement chez les
agriculteurs tout autour de Tonneins.
Les
mutations de l'agriculture au cours du XIXe et du début du XXe siècle
En 1856,
le secteur agricole faisait vivre 68 % de la population de
Lot-et-Garonne et occupait plus de 70 % des actifs. En 1946, plus de la
moitié des habitants de Lot-et-Garonne
dépendaient encore des activités agricoles et un nombre plus élevé
(57 %) trouvait toujours un emploi dans cette branche. Entre ces deux
dates, l’essor du faire-valoir
direct permit à la majorité des exploitants d’être maître de leurs
choix culturaux. Le métayage, très répandu au XIXe siècle
disparaît complètement après la Seconde Guerre mondiale.
Cette transformation des structures d’exploitation s’accompagne de
changement dans les pratiques culturales. Après avoir augmenté durant
tout le XIXe siècle pour
atteindre 58,7% en 1897, la part des terres labourables régresse au
profit
des prairies et des cultures spécialisées, alors que le vignoble voit
les surfaces plantées réduites de moitié (35 000 ha en 1936) en
relation avec la crise du phylloxera et l’exclusion de la zone
d’appellation « Bordeaux ». Occupant moins de 10 000 ha dans la
première moitié du XXe siècle, fruits et
légumes ont, somme toute, une importance très modeste. Pourtant leur
apparition
est capitale, car présents depuis longtemps, leur essor dans le nouveau
système agricole correspondait à une influence plus grande des villes, à
un développement du réseau de chemin de fer qui ouvrait des horizons
commerciaux plus larges de même qu'une extension déjà soulignée de la
polyculture.
Ainsi, la tomate s'est imposée dans la moitié occidentale et vers 1930,
tous les
cantons de l'arrondissement de Marmande produisaient plus de 1000
quintaux de tomates. Le développement était
lié à des exportations de tomates fraîches vers la capitale ou des pays
étrangers, ainsi qu'à une demande accrue des conserveurs.
Dans la vallée du Lot et dans celle de la Garonne, au gré de la demande
nationale, on cultivait les oignons,
les asperges puis les choux-fleurs d'hiver, les carottes,
le céleri,
le salsifis,
les petits pois, les haricots
verts et enfin le melon. Durant la même période, le Lot-et-Garonne est
devenu une région fruitière. Le prunier d’Ente était plus
particulièrement récolté dans le Villeneuvois.
Les maladies qui affectèrent l'arbre, les conditions climatiques
provoquèrent trop de variations dans les récoltes pour résister à la
concurrence des pruneaux de Californie. Le chasselas a constitué une
grande
nouveauté lors de son introduction vers 1880-1885 à Port-Sainte-Marie et
Prayssas.
S’y ajoutent le développement des plantations de pommiers,
pêchers,
cerisiers,
poiriers et abricotiers dans les coteaux puis dans les deux grandes
vallées.
Des agriculteurs de
moins en moins nombreux
Majoritaires dans la population de Lot-et-Garonne au moment de la
Seconde Guerre mondiale, les
agriculteurs ne le sont plus dès le début des années
1960. La diminution de la population active agricole s’est
amplifiée ensuite : un peu plus de 50 000 actifs en 1962, 25 600
en 1982,
moins de 15 000 selon les estimations de 2005 (plus en
intégrant les emplois saisonniers). La réduction de la population des
ménages agricoles est un peu plus forte en raison de la diminution du
nombre des personnes dans la cellule
familiale. Malgré cela le Lot-et-Garonne compte encore une
proportion d’actifs agricoles supérieurs à la moyenne française. Cela
tient en grande partie à la résistance des petites exploitations
orientées dans des productions spécialisées qui utilisent une importante
main-d’œuvre.
Le nombre d’exploitations a diminué de moitié entre 1979 et
aujourd’hui, passant de plus de 17 000 à 8 100 dans l’estimation de
2005.
Parallèlement, la taille moyenne des exploitations n’a pas cessé de
croître entre ces mêmes dates pour atteindre 36 ha en 2005 contre à
peine 20 ha en 1979.
Curieusement, la part des exploitations de moins de cinq ha reste
stable (proche de 25%), soit en raison de l’intensité de la production
agricole quand il s’agit de légumes, notamment sous serres, soit plus
surement par poursuite d’une activité dans des fermes en voie de
cessation d’activité. Ce sont les exploitations qui comptent entre 5 et
50 ha qui reculent en pourcentage et en nombre, au profit de celle de
plus de 50 ha qui sont désormais plus de 2 000. Si cette évolution
affecte les exploitations pratiquant polyculture et élevage,
elle concerne surtout celles qui se sont orientées vers la
céréaliculture et les oléagineux ainsi que celles qui se consacrent
presque uniquement à l’élevage. Ce
sont les coteaux qui sont surtout touchés par cette évolution. Celle-ci
devrait se poursuivre de manière inexorable en raison de la part
importante des agriculteurs âgés : 1/3 ont entre 50 et 60 ans, près de
25% ont plus de 60 ans. Cette situation influence les modes de
faire-valoir et les structures des exploitations agricoles. Alors que le
faire-valoir direct, caractéristique de la dimension familiale de
l’agriculture en Lot-et-Garonne, occupait 80% de la surface agricole
utile (SAU) en 1980, sa part
est tombée à moins de 50% d’après les estimations de 2005, au seul
profit du fermage qui est aujourd’hui le mode dominant. Le métayage,
longtemps très représenté, notamment dans le Marmandais, à
l’origine de revendications nombreuses sur lesquelles le parti
communiste a assis sa
représentation, a quasiment disparu. Il est de plus en plus difficile
d’entrer dans la profession d’agriculteur ou de prendre la suite d’une
exploitation familiale, car le seuil de rentabilité s'est
régulièrement élevé. Ainsi la surface minimum pour permettre
l’installation d’un jeune agriculteur est de 17 ha dans la plaine et de
23 ha dans les coteaux. Or, l’hectare de terre labourable dans les
plaines de la Garonne et du Lot vaut 5 400 euros en 2005, 5 000 euros
dans les coteaux sud de la Garonne, moins de 2 500 euros dans la partie
orientale des Serres ou le Fumélois. Même si la valeur vénale ne
progresse
plus depuis quelques années, ces montants sont élevés et cela explique
en partie le succès du fermage. Ces changements s’accompagnent d’une
progression de l’agriculture de groupe. On compte ainsi 421 GAEC
(Groupement
agricole d'exploitation en commun).
Les agriculteurs lot-et-garonnais, comme leurs homologues des autres
régions agricoles françaises, ont profité de la politique agricole
commune.
Certes, cette dernière jouait peu dans le domaine des fruits et légumes,
traversé pourtant par des crises nombreuses et parfois sévères en
relation avec la chute des prix, la surproduction et la concurrence des
pays du sud de l’Europe.
Jusqu’aux années 1990, la FNSEA et le MODEF étaient les deux syndicats
les plus
influents en Lot-et-Garonne, le premier à la tête de la Chambre
d'agriculture quand le second
se cantonnait dans un rôle d’opposition dans la défense des petites
exploitations. La réforme de la PAC au début des années 1990 a
profondément modifié les rapports de force entre syndicats avec la
montée en puissance de la Confédération paysanne et surtout de
la Coordination rurale. Dans les campagnes,
des pancartes ou d’autres symboles dénonçaient la mort programmée de la
petite agriculture familiale. Cette phase d’intense colère paysanne a
profité un peu à la Confédération paysanne et plus encore
à la Coordination Rurale qui a pris la présidence de la Chambre
d’agriculture. Le récent scrutin,
en 2007, a
confirmé le poids la Coordination Rurale, plutôt de droite, dont la
liste revendiquait « nourrir des hommes mérite un digne revenu ». Elle
garde donc la Chambre d’Agriculture sans être majoritaire. La FNSEA
regroupe un tiers des membres des différents collèges, le MODEF reste
stable à 11% et la Confédération paysanne s’effondre à
9%.
La
production agricole au début du XXIe siècle
Si le Lot-et-Garonne demeure une région de polycultures en relation
avec la petite dimension des exploitations de type familial
et la volonté de répartir le risque en pratiquant plusieurs cultures
sur des terres suffisamment riches pour supporter une production
intensive, la spécialisation dans les cultures végétales s’impose et
progresse au cours des cinquante dernières années. La force de ces
changements a été analysée pour les exploitations des coteaux sud au
cours du dernier demi-siècle. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale,
l’exploitation type partageait ses surfaces et tirait ses revenus en
trois grands tiers : élevage, céréales,
vigne associée à des arbres fruitiers. En 2000, la
répartition est fondamentalement différente, surtout les revenus ne sont
plus liés directement à la superficie occupée. La vigne et l’élevage se
sont effondrés. Les grandes cultures, céréales et oléagineux occupent
plus de la moitié des terres mais contribuent plus modestement au
chiffre d’affaires de la ferme. Les cultures légumières et celles de
semences de betteraves ont accru leur importance en superficie et ce
sont elles qui assurent
les rentrées financières les plus importantes. C’est le résultat des
progrès de l’organisation en matière de commercialisation ainsi que
l’influence des grandes firmes pour les semences de betterave. À
l’opposé, une grande partie des coteaux nord a choisi de se spécialiser
dans les grandes cultures et l’élevage.
Ces mutations se retrouvent dans la valeur totale de la production
agricole en Lot-et-Garonne estimée en 2005 à 655 000
euros (Ce chiffre est étonnamment bas et serait à vérifier), soit
quasiment six fois plus qu’en 1960, ou deux
fois plus qu’en 1980.
Après avoir légèrement régressé au profit de l’élevage entre 1960 et
1970, la part
des productions végétales dans cette valeur finale atteint 73% en 2005.
Si les céréales y contribuent pour un peu plus de 10%, le poids des
cultures légumières et fruitières est important, de l’ordre de 30%. Ceci
constitue une des particularités fortes de l’agriculture
lot-et-garonnaise. L’élevage est en repli, orienté plus vers la
production
de viande que de lait. La production
céréalière arrive nettement en tête tant par les superficies
occupées que par le chiffre d’affaires (119 millions d’euros en 2005).
La culture du blé est ancienne, présente dans toutes les
régions
agricoles de Lot-et-Garonne. Ce n’était pas le cas du maïs dont
la culture a progressé de manière très spectaculaire en raison des
prix attractifs et des investissements considérables réalisés par les
collectivités publiques, notamment le Conseil général de Lot-et-Garonne,
pour multiplier les capacités d’irrigation.
En 2005, 38% de la Surface agricole utile est irriguée,
soit plus de 110 000 ha. Dans un premier temps le maïs a pu
se développer dans les plaines de la Garonne et du Lot, puis il a gagné
les coteaux au rythme de
la construction de retenues d’eau dans les régions collinaires. On
recense aujourd’hui plus de 3000 lacs dont la capacité théorique est
proche de 90 millions de m3. Cette stratégie a atteint aujourd’hui ses
limites avec le réchauffement climatique. Jamais les étiages de la
Garonne n’ont été aussi modestes ces dernières années, jamais les lacs
collinaires n’ont été aussi dépourvus d’eau. Les exploitants abandonnent
progressivement le maïs sur les terres les plus difficiles à arroser :
entre 2004 et 2005, les superficies consacrées au maïs sont passées de
60 000 à 49 000 ha et les rendements ont chuté fortement.
Parmi les oléagineux, le tournesol,
cultivé en sec, profite du recul du maïs sur les terres difficilement
irrigables. Il occupe en 2005, 34 000 ha, soit 6000 de plus qu’en 2004.
Le
tournesol s’est répandu dans les coteaux sud et nord de Lot-et-Garonne
où il occupe en moyenne de 10 à 35% de la SAU. Il est particulièrement
présent dans le Néracais où sa
diffusion doit beaucoup à l’influence des exploitants voisins du Gers.
Le colza est toujours devancé par lesoja qui couvre près de 10 000 ha,
en zone irriguée à
plus de 90%. Le chiffre d’affaires des oléagineux est de 33 millions
d’euros.
Le poids de la filière fruitière et légumière se mesure plus au
chiffre d’affaires réalisé qu’aux superficies cultivées. Trois
productions se détachent nettement : 65 millions d’euros pour la prune à
pruneaux, 35 millions d’euros chacun pour la fraise et la tomate. Ces
valeurs recouvrent l’ensemble des
activités de la filière et pas seulement le chiffre d’affaires des
agriculteurs. Le Lot-et-Garonne compte en effet une vingtaine
d’établissements de transformation des pruneaux et une trentaine de
stations de conditionnement pour les fruits et légumes. Il existe aussi
un marché d’intérêt
national à Agen et des négociants privés très actifs à Agen, Marmande et
Villeneuve-sur-Lot.
Le verger de prune à pruneau (prunier d’Ente) couvre plus de 8
000
ha et a livré près de 100 000 t en 2005 (il faut ensuite trois kg de
prunes d’Ente pour obtenir 1kg de pruneaux d’Agen). Son dynamisme tient
au contrôle des opérations par la filière organisée autour du Bureau
interprofessionnel du pruneau (BIP) qui a pour
objectif de réguler le marché et d’assurer la promotion et la
commercialisation du « pruneau d’Agen ». Le BIP
(créé en 1963)
a su passer le mauvais cap des années
1970 (mauvaises récoltes et prix trop bas) et obtenir le soutien de
Bruxelles.
Les producteurs ont obtenu l’inscription des 118 cantons de l’aire de
production dans une IGP (Identification
géographique protégée) qui garantit l’origine et la traçabilité des
pruneaux d’Agen. La filière
demeure toutefois très sensible aux aléas climatiques et aux variations
de la demande.
La culture de la fraise couvre près de 700 ha pour une
production
toujours supérieure à 12 000 t, ce qui place le Lot-et-Garonne au
premier rang en Aquitaine (avec la Dordogne) et en France. La
fraise est économiquement importante pour le département de
Lot-et-Garonne où elle représente 20 % du chiffre d’affaires des fruits
et légumes et environ 10 % du chiffre d’affaires agricole du
département. La culture de la fraise fait vivre environ un millier
d’exploitations et livre près du quart des fraises françaises, notamment
la variété gariguette qui
arrive à maturité dès le début du mois d’avril. Cette
précocité permet aux producteurs de fraises du département de
Lot-et-Garonne de devancer les producteurs des autres départements
français et d’occuper seuls le marché pendant les trois semaines situées
entre la fin des importations espagnoles et marocaines, et l’arrivée
sur le marché de la production d’autres départements. La très forte
concurrence provoque un recul régulier de la part de la production
lot-et-garonnaise depuis une dizaine d’ann&ea