Metz est une ville située dans le nord-est de la France. Elle
est le chef-lieu du département de la Moselle et la préfecture de la
région Lorraine dont elle est la commune la plus
peuplée. Ses habitants s’appellent les Messins.
Ancienne capitale du royaume d’Austrasie et berceau de la dynastie
carolingienne, Metz témoigne
par la richesse de son patrimoine d’une histoire commencée il y a trois
mille
ans. De culture française, la ville conserve l’héritage de l’annexion
allemande
dont le quartier impérial est, sur le
plan architectural, particulièrement emblématique. S’affirmant comme
cité de la
communication et des nouvelles
technologies de l’information avec son Technopôle,
l’antique cité marchande s’est voulue « ville jardin » égrenant son
paysage
urbain et architectural au fil de l’eau et des parcs, à travers une
politique
pionnière en France en matière d’écologie urbaine1.
Géographie
naturelle
Situation
Vue sur le Moyen Pont et le Temple Neuf entouré par les bras de la
Moselle.
Metz occupe une position unique au croisement des grands axes
européens de
circulation :
- l’axe nord-sud Bruxelles-Luxembourg-Metz-Nancy-Dijon qui relie
directement
la mer du Nord à la Méditerranée traverse la Lorraine en longeant le
Sillon mosellan, et
- l’axe est-ouest Paris-Metz-Strasbourg-Sarrebruck-Francfort rapproche
Metz de
Paris et des grandes métropoles allemandes.
Ainsi les villes les plus importantes qui entourent Metz sont
Luxembourg à 55
kilomètres au nord, Nancy à 53 kilomètres
au sud et Sarrebruck à 60
kilomètres à l’est. La ville est située à peu près à mi-chemin entre
Strasbourg à 130 kilomètres et Reims à 155 kilomètres. Paris se trouve à
320 km et Francfort-sur-le-Main à 230 km.
La plupart des communes limitrophes sont membres de la communauté
d'agglomération de Metz-Métropole et font partie de l’aire urbaine de
Metz.
|
Lorry-lès-Metz
Plappeville
|
Woippy / La Maxe |
Saint-Julien-les-Metz |
|
| Le Ban-Saint-Martin
Longeville-lès-Metz Scy-Chazelles
|
N |
Vantoux
Coincy
|
| O Metz E |
| S |
| Montigny-les-Metz
Marly
|
Pouilly |
Ars-Laquenexy
Peltre
|
Seules les communes de Coincy et Peltre ne sont pas membres de la
communauté
d’agglomération2.
Topographie
La partie ouest de Metz se situe dans les vallées de la Moselle et de
la Seille, marquées par quelques buttes en
centre-ville et au Sablon. Les
quartiers à l’est de la ville sont situés en hauteur, sur les
contreforts du plateau lorrain. Metz
est dominée par le mont Saint-Quentin qui culmine à
358 mètres à l’ouest de l’agglomération hors du territoire de la
commune.
Géologie
Située à l’est du bassin parisien, Metz est implantée au pied de
la cuesta « les côtes de
Moselle », auxquelles appartient le mont Saint-Quentin. Celle-ci est
constituée d’une couche calcaire du
Bajocien à son sommet, avec en
dessous des marnes du Toarcien. La vallée de la Moselle en elle-même
draine des sédiments constitutifs des îles.
Hydrographie
La Moselle passant sous le Pont des
Roches.
Metz se situe dans la vallée de la Moselle, plus précisément à la
confluence
de la Moselle venant du sud-ouest et de la Seille qui irrigue la Porte
des
Allemands à l’est, en provenance du Saulnois. La ville, installée sur
les petites collines
de Sainte-Croix et de la Citadelle, a rallié trois îles habitées dont
les bras
de la Moselle dessinent les contours : le Petit Saulcy, le Grand Saulcy
et
Chambière. Ces îles sont reliées entre elles par de nombreux ponts dont
certains
datent du Moyen Âge (cf. § Ponts) : le
Moyen Pont, le pont des Morts, le pont des Roches, le pont Saint-Marcel,
le pont
de la Préfecture, le pont Moreau, le pont Saint-Georges et le pont des
Grilles.
Les rives de la Moselle font partie intégrante de la ville historique
dotée de
nombreux quais.
Climat
Metz dispose d’un climat océanique dégradé avec une nuance
continentale assez marquée. Comparés avec ceux de l’ouest de la France,
les
écarts de température entre l’hiver et l’été tendent à devenir plus
importants.
Les hivers sont relativement froids, les étés relativement chauds, et
les
précipitations sont à peu près bien réparties toute l’année. Toutefois
la
position de la ville en fond de vallée adoucit le climat par rapport aux
plateaux environnants, ce qui se remarque bien les nuits d’hiver.
Météo France utilise les relevés de la station de Metz Frescaty.
| Ville | Ensoleillement | Pluie | Neige | Orage | Brouillard |
| Nice |
2 694 h/an |
767 mm/an |
1 j/an |
31 j/an |
1 j/an |
| Paris |
1 797 h/an |
642 mm/an |
15 j/an |
19 j/an |
13 j/an |
| Reims |
1 729 h/an |
604 mm/an |
21 j/an |
22 j/an |
66 j/an |
|
| Metz |
1 638 h/an |
765 mm/an |
31 j/an |
26 j/an |
54 j/an |
| Strasbourg |
1 637 h/an |
610 mm/an |
30 j/an |
29 j/an |
65 j/an |
| Moyenne nationale |
1 973 h/an |
770 mm/an |
14 j/an |
22 j/an |
40 j/an |
Moyenne des relevés à Metz-Frescaty entre 1961 et 19903.
| Mois | Janv | Fév | Mars | Avr | Mai | Juin | Juil | Août | Sept | Oct | Nov | Déc | Année |
| Températures
moyennes (°C) |
1,5 |
2,8 |
5,8 |
9,1 |
13,2 |
16,4 |
18,4 |
18,0 |
15,0 |
10,6 |
5,4 |
2,4 |
9,9 |
| Moyennes
mensuelles de précipitations (mm) |
64 |
58 |
63 |
53 |
69 |
72 |
61 |
62 |
60 |
63 |
67 |
73 |
765 |
Toponymie
Metz s’appelait à l’époque romaine Divodurum Mediomatricorum,
d’un
nom celtique à
finale latinisée Divodurum, de divo « sacré » (même
origine indo-européenne que le latin divinus, divin et devin) et
duro-, forum,
marché4, des Médiomatriques, tribu
celtique dont Metz était la capitale. La ville est citée sur la table de
Peutinger sous le nom de Dividurum ou Divo Durimedio
Matricorum5.
Elle est attestée sous la forme Metensis au IIIe siècle, puis Civitas Mediomatricorum Mettis sous
Honorius6,
puis
Mettis en 511 (que l’on retrouve
d’ailleurs sur des monnaies du règne de Théodebert6).
Les formes Metz ou Metze ne sont mentionnées qu’à
partir du
XIIIe et XIVe siècles puis Mets et
enfin Mès ou Mées au XVIe siècle7 par évolution de l’affriquée /ts/ en
consonne
simple /s/, phénomène courant dans différents dialectes de la langue
d’oïl.
À noter qu’un élément -metz est relativement répandu dans la
toponymie
française, tout en ayant une étymologie différente, exemple : Jametz,
Limetz, Gometz, etc.
Prononciation
Le nom de la ville se prononce mɛs — et non
mɛts contrairement à ce que l’on peut entendre çà et là.
Le /t/ présent dans sa graphie de Metz depuis plusieurs siècles ne se
prononce pas, ce au moins depuis le XVIe siècle7.
Histoire
Une situation de qualité et un site favorable expliquent le passé
trois fois
millénaire de Metz qui naît et se développe au confluent de deux
rivières, la
Moselle et la Seille au rôle économique déterminant. À l’intérieur de
cette zone
de confluence, la butte du Haut de Sainte-Croix constitue le berceau de
la
ville.
Préhistoire
et
Protohistoire
En 1882, un « coup de poing » ou biface datant de 200 000 ans av.
J.-C., a été
découvert dans une sablière de Montigny-lès-Metz8. Les hommes vivant à cette période
étaient
des chasseurs-cueilleurs, vivant selon le mode
de vie non sédentaire propre aux nomades et dont les déplacements
étaient liés en partie à leur approvisionnement en nourriture.
Les Hauts-de-Sainte-Croix ont livré quelques tessons du IVe
millénaire av. J.-C., mais l’occupation attestée du site ne commence
qu’au
Ier siècle av.
J.-C. avec la présence de fonds de
cabane et des emplacements de maisons de bois et de torchis ainsi qu’une
nécropole à urnes cinéraires9.
L’oppidum des Médiomatriques
Le nom du peuple des Médiomatriques, une tribu celtique qui
allait donner son nom à Metz, apparaît dans un récit du général romain
Jules César10.
Cette
tribu s’est fixée certainement au IIIe siècle
av. J.-C. sur un territoire
allant de l’Argonne aux Vosges, l’espace
au-delà des Vosges étant occupé par les Triboques. Ils édifièrent leur
principal oppidum, c’est-à-dire leur capitale, au
confluent de la Moselle et de la
Seille sur la colline de Sainte-Croix. Cet oppidum était notamment un
centre
économique groupant des ateliers d’artisans des métaux et de terre
cuite. Une
assemblée de type oligarchique,
composée des chefs des principales familles, détenait le pouvoir.
L’organisation
sociale, hiérarchisée, reposait sur trois classes : les chevaliers ou
nobles, la plèbe et les esclaves.
Divodurum et la période
gallo-romaine
Article détaillé : Divodurum Mediomatricorum.
C’est en 58 avant Jésus-Christ que les Romains occupèrent la ville et
en en
reconnaissant la position stratégique la transformèrent de cité agricole
à cité
administrative et militaire. Au lendemain de la conquête romaine, Metz,
désigné
par les Romains par le qualificatif Divodurum Mediomatricorum (« oppidum
des Médiomatriques ») est intégré à la Gaule belgique dont la capitale
est Durocortorum.
L’importance de la ville était grande ; en 27, elle faisait partie des
soixante
capitales gauloises. Il faut pourtant le début du IIe siècle
pour voir apparaître le nom Divodurum mentionné
pour la première fois par Tacite dans
son premier livre des Histoires à propos
des troupes de Vitellius qui y
massacrent 4 000 personnes.
La cité occupe initialement tout l’emplacement du
Haut-de-Sainte-Croix et
croît rapidement vers le sud pour atteindre au début du Ier siècle l’Esplanade et le Sablon. Le plan
de la ville reproduit celui classique de la ville romaine. Le forum,
lieu de rencontre
indispensable à la vie publique de l’agglomération, devait se trouver
entre la
place Saint-Jacques et la place de
la Cathédrale. Les fouilles archéologiques récentes ont révélé une
agglomération
de bâtiments en bois et torchis, établie selon le quadrillage propre aux
villes
romaines avec cardo (actuelle rues
Serpenoise, Ladoucette, Taison) et decumanus (actuelle Fournirue), dont
la surface avait
quadruplé depuis la fin de l’indépendance.
La longue période de la paix et l’intégration à l’Empire romain en
fait une ville étape prospère.
Elle devient le foyer le plus important de la civilisation gallo-romaine
en Lorraine. Metz est un important
carrefour routier où convergent les voies de Lyon,
Reims, Trèves, Mayence et Strasbourg — préfigurant en quelque sorte les
autoroutes actuelles (A4-A31). Le tracé des routes obéit à
des impératifs stratégiques : assurer la défense à l’arrière
du Rhinréf. souhaitée.
Rome privilégie les relations Sud-Nord, qui se traduit par la voie de
Lyon à
Trèves. Après avoir atteint la Moselle à Toul, elle traversait le
territoire des
Médiomatriques à Scarpone (actuellement Dieulouard), suivait la rive
droite de la Moselle et
atteignait Metz au Sablon. Puis elle empruntait la rue Scarponaise
(devenue rue
Serpenoise), la rue Ladoucette, et la rue Taison pour atteindre l’ancien
oppidum
qu’elle quittait par les rues des Trinitaires et rue Marchant en dévers.
La deuxième chaussée stratégique, reliant
Reims à Strasbourg, atteignait Metz par le bas de Montigny, traversait
la ville par les
actuelles en Fournirue — cette apposition « en » est précisément à Metz
l’héritage de la toponymie romaine des rues — et rue Mazelle, puis
dépassait la
côte de Queuleu vers Delme, Sarrebourg et Saverne dans la direction du
Rhin.
À Divodurum, comme dans l’ensemble de la Gaule, la civilisation
gallo-romaine
atteint un sommet : la population estimée entre 15 000 et 20 000
habitants à son
apogée, chiffre considérable pour l’époque où la plupart des villes
connues en
dehors de la région n’ont guère plus de 7 000 habitants. On y distingue
les
habitants de condition libre — citoyens romains venus d’Italie et
non-citoyens
parmi lesquels les propriétaires terriens, les membres des professions
libérales
—, les affranchis et les esclaves.
Une partie de la population habite des constructions en pierre et de
grands
édifices voient le jour qui utilisent la pierre de Jaumont et surtout la
pierre de Norroy.
Parmi les plus prestigieux, l’amphithéâtre, construit
certainement à la fin du Ier siècle à
l’emplacement de l’actuelle gare de
marchandises, disposait de 25 000 places. Il était le plus grand des
Gaules et
l’un des plus grands du monde romain.
L’aqueduc de Gorze à Metz long de 22
km traversant la Moselle et dont on voit les arches à Jouy-aux-Arches
alimentait la ville en eau. Les vestiges de plusieurs thermes — dont
l’un sur le
site de l’actuel musée — ont été trouvés. Par ailleurs, une vaste
nécropole
s’étend au sud de la ville de part et d’autre de la voie vers Lyon. Les
nombreuses stèles funéraires exposées au musée
gallo-romain de Metz ainsi que de nombreux vestiges mis au jour lors de
fouilles, montrent que la vie économique était déjà très active à cette
époque.
De nombreux métiers relevant de l’artisanat sont exercés ; notamment
ceux du
cuir, du textile, du travail des os de cervidés et de porcs. Le travail
de
l’argile est en plein essor et la terre cuite fournit tous les
récipients
d’usage courant. Lors des fouilles opérées à Saint-Pierre-aux-Nonnains,
on a
retrouvé le four d’un potier nommé Casicos.
Le travail du fer débouche sur la fabrication de l’outillage courant.
La cervoise, ancêtre de la bière, est
fabriquée à partir d’épeautre.
Le commerce est actif. La corporation des nautes de la Moselle est
spécialisée dans le transport
fluvial de produits lourds, et notamment les matériaux de construction.
On
connaît l’existence d’un marchand de sayons — une
des grandes spécialités textiles des Médiomatriques — qui était en
liaison
commerciale avec l’Italie du Nord.
Un cimetière se développe au Sablon. Sur l’acropole de Metz, actuelle
place
de la maternité Sainte-Croix, on prie les divinités religieuses
anciennes (Épona, cavalière celtique et
déesses-mères de la terre) et gréco-romaines (Jupiter, Mars, Mercure…)
mais aussi comme partout de plus
en plus les divinités d’orient (comme Isis l’égyptienne). Une autre de
ces religions d’orient se développe de plus en
plus : le christianisme11.
En 212, l’édit de Caracalla accorda la citoyenneté
romaine à tous les Médiomatriques de condition libre. Les plus fortunés
parmi
les habitants de condition libre participent à la gestion municipale
sous le
qualificatif de magistrat. Les anciens magistrats forment l’ordre des
décurions
ou Sénat municipal. Nous ne savons rien des décurions messins.
Bas-Empire
L’ancienne abbatiale
Saint-Pierre-aux-Nonnains, édifice romain de plan basilical remanié au
cours
des siècles.
À partir de 245, les périodes de paix sont entrecoupées d’épisodes
violents
et de destructions. La ville est envahie et détruite une première fois
en 253
par les Alamans. Dans ce climat de
moindre sécurité, la ville s’entoure alors d’une enceinte de 3,5 mètres d’épaisseur percée de plusieurs
portes où sont remployés des éléments d’architecture et des stèles des
monuments
romains. Le Sablon sera sacrifié et laissé en dehors,
la ville ainsi forclose représente un rectangle d’environ 1 200 sur 600
mètres ;
sa superficie est rapportée à 70 hectares. Ces troubles et les premières
invasions entraînent certainement un ralentissement des activités
artisanales.
Une production nouvelle, la vigne, fait son apparition à partir de
283, date
de l’autorisation accordée par l’empereur Probus. Ce vignoble se propage
rapidement
dans les alentours de la ville où apparaîtréf. nécessaire également le
mirabellier.
De la fin du IIIe siècle ou du début du IVe siècle date la construction de l’édifice de
plan basilical connu sous
le nom de basilique de
Saint-Pierre-aux-Nonnains qui deviendra plus tard l’église de l’abbaye.
Certains y voient une basilique civile, d’autres la palestre d’un
ensemble thermal
voisin.
Saint Clément conduit le Graoully sur les bords de la Seille.
En 297, la cité des Médiomatriques est intégrée dans la Belgique
première et perd
son territoire à l’ouest avec l’émergence de la cité de Verdun. Par
contre, Metz
bénéficie de la proximité de Trèves promue au rang de capitale de
l’Empire. L’axe de communication Rhin-Rhône permet une diffusion plus
rapide que
dans le reste de la Gaule des nouvelles idées religieuses. L’Église de
Metz est
l’une des plus anciennes avec celles de Reims et de Trèves. La diffusion
du
christianisme arrive à Metz à la fin du IIIe siècle,
vers 280, avec le premier évêque, Clément12.
Prudent, l’évêque s’installe dans les vestiges de l’amphithéâtre. Il
établit un
sanctuaire, l’église Saint-Pierre-aux-Arènes, dans la fosse du grand
amphithéâtre désaffecté. Ses
traces ont été retrouvées par les fouilles allemandes de 1902, lors de
la
construction de la gare. Il faudra attendre les édits de tolérance de
311 et 313 pour que le
christianisme sorte de la clandestinité et de la confidentialité.
Au IVe siècle, le nom Divodurum Mediomatricorum n’est
plus d’usage, on rencontre la forme dérivée et simplifiée de Médiomatrix,
laquelle finira par aboutir au nom de Mettis, rencontré pour la
première
fois vers 400 et duquel est issu le nom de Metz.
Au Ve siècle, alors que les troupes d’Attila
franchissent le Rhin et déferlent sur la Gaule,
Livier revient
prendre la tête de l’armée messine vers l’an 450. Les Huns tentèrent un
premier siège de la ville puis s’en
allèrent ravager les villes de Toul, Dieuze et Scarpone. Lorsqu’ils
revinrent attaquer la ville le
7 avril 451, les défenseurs étaient largement
inférieurs en nombre et la ville fut largement incendiée et pillée. Seul
subsista l’oratoire dédié à saint Étienne et situé à l’endroit de
la cathédrale actuelle. Défaits peu de temps après, les Huns repassent
le Rhin
et laissent le champ libre aux Francs13. L’oratoire de Saint-Étienne est dans
les
grâces divines et devient alors fort populaire. On parle de miracle. Il
accueille le siège de l’évêque et devient en quelque sorte la première
cathédrale de Metz, à l’intérieur même de celle-ci.
La
capitale
d’Austrasie
Article détaillé : Austrasie.
Metz est la capitale du royaume
d’Austrasie durant deux siècles de la période franque, de 511 à 751.
En 511 à la mort de Clovis,
unificateur du peuple franc, ses enfants se partagent son royaume.
Thierry Ier reçoit la région nord-est
baptisée Austrasie. Thierry Ier fixe sa
capitale à Reims, puis se ravise et la fixe à
Mettis, qui occupe une partie plus centrale. Lui et ses successeurs
relèveront
la cité dont la population est alors estimée entre 5 000 et 10 000
habitants. Il
construit son palais sur la colline
Sainte-Croix dont la tradition a conservé le souvenir sous le nom de
Cour d’Or.
C’est aujourd’hui le nom des musées situés à cet endroit.
À la mort de Clotaire en 561, Sigebert Ier reçoit en héritage de la partie orientale du royaume
avec Reims pour capitale. Mais en 566, il célèbre à Mettis son mariage
avec Brunehilde, la
fille du roi des Wisigoths et dont les noces sont chantées par le poète
Venance Fortunat. Il
choisit alors la ville comme résidence principale et en fait la capitale
d’Austrasie. Lors du règne de Sigebert, la charge de maire du palais est
pour la première fois
mentionnée. Depuis le palais, Brunehilde joue un rôle politique de
premier rang
sur tout le pays pendant près d’un demi-siècle, ce qu’elle va faire avec
toute
son énergie, en secondant son fils Childebert II, proclamé roi
d’Austrasie à Metz à
l’âge de cinq ans, puis son petit-fils, Théodebert II.
Ses successeurs, les rois fainéants, abandonnent le soin de gouverner
à leurs
maires du palais. À l’origine, simples intendants au palais de la Cour
d’Or, ils
deviennent rapidement une sorte de premier ministre, occupant la
première place
dans les conseils de la Cour. Exerçant la réalité du pouvoir, ils
finissent, en
un siècle, à rendre leur charge héréditaire.
Le
berceau des
Carolingiens
Page du sacramentaire de Drogon, IXe siècle,
conservé à la Bibliothèque
Nationale.
L’Église prend une place importante au cœur de la ville : les
édifices
religieux se multiplient, de nombreuses nécropoles et lieux de cultes
foisonnent
à l’extérieur des remparts de Metz. En tant que capitale austrasienne,
la ville
messine avait vu en son sein la montée en puissance des pouvoirs
religieux
(vingt paroisses, soixante-sept églises,
huit abbayes bénédictines intra-muros pour une population aux
alentours de trente mille habitants à
cette époque) et du pouvoir spirituel auquel allait bientôt être
rattaché un
pouvoir bien plus temporel, avec la disparition des comtes héréditaires
notamment, vers le Xe siècle : l’épiscopat
messin s’étant enrichi, il possédait
des terres à l’envi, qui rapportaient à la ville des richesses
incomparables.
L’évêque Chrodegang fonde l’abbaye de Gorze à vingt
kilomètres au sud de Metz qui devient un important foyer du chant messin
— nommé à
l’époque CANTILENA METENSIS14.
Mais les nombreux ennemis et envieux sont
le revers de la médaille, desquels elle se protégeait par d’épais
remparts.
C’est à Metz que naît la dynastie des Carolingiens, inaugurée par
Pépin le Bref en 751,
descendant de deux familles de l’aristocratie austrasiennes : celles
d’Arnoul, évêque de Metz et
de Pépin de
Landen, maire du palais. La ville cesse d’être capitale, tout en restant
un
des grands centres intellectuels des Gaules. Elle reçoit périodiquement
la cour
carolingienne alors que son abbaye Saint-Arnould devient la nécropole
des Carolingiens et abrite les dépouilles des sœurs et de la première
femme de
Charlemagne, ainsi que celle
de l’empereur Louis le
Pieux. Charlemagne eut de constantes préoccupations pour Metz, dont il
favorisa tout particulièrement l’église et donna une impulsion nouvelle à
sa
célèbre école.
Une décision prise en 775 par Charlemagne et connue sous le
qualificatif de
« grand diplôme » est à l’origine du pouvoir temporel de l’évêque de
Metz et
devait déboucher sur la constitution d’un état indépendant. L’évêque
bénéficie
désormais de l’immunité pour tous ses biens. Ses possessions
territoriales sont
soustraites à l’action des juges royaux qui ne pouvaient y pénétrer.
L’évêque et
ses sujets échappent à la justice royale et aux impôts. Mais ces droits
enlevés
au gouvernement royal sont accordés à l’évêque qui a juridiction sur son
clergé
et sur ses sujets et perçoit les impôts.
Cette immunité s’étend à toutes les possessions de l’église de Metz,
situées
soit dans le pays Messin, soit dans les pays voisins. Du Ve siècle au VIe siècle,
elle a posé les bases de son futur état en
incorporant les donations de toutes les premières églises situées dans
les
bourgades le long de la voie Metz-Strasbourg. Sous l’évêque Drogon, ces
possessions débordent les limites du diocèse et se rencontrent en
Alsace, dans la région de Liège et jusqu’en Aquitaine.
Réorganisée par Charlemagne, l’école de Metz atteint la célébrité
sous
l’épiscopat de son fils naturel Drogon. On y enseignait le latin, un peu
de
sciences, le catéchisme et aussi les arts mineurs. Quelques-uns de ses
élèves
laissèrent leur nom à la postérité : Amalaire, Aldric. Cette école
possédait en outre une
remarquable école de chant grégorien, sans doute la première de
l’empire. Le
pape lui-même y aurait envoyé des maitres experts et sa réputation fut
telle que
pendant un certain temps, le chant grégorien fut appelé chant messin.
Cette école de Metz consacra également une partie de son activité à
la copie
de manuscrits, d’où le développement d’un remarquable foyer artistique
d’où
sortirent les plus habiles miniaturistes du temps, qui décorèrent et
ornèrent
les superbes ouvrages du IXe siècle. Le
chef-d’œuvre en a été le sacramentaire de Drogon, qui se trouve
aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale. Tout y mérite l’admiration : la
calligraphie, les miniatures, les plaques d’ivoire sculptées servant de
couverture.
En démembrant l’Empire carolingien par le traité de Verdun en 843,
les petits-fils de Charlemagne ouvrirent cette bien longue querelle qui
allait durer jusqu’au XXe siècle.
L’Austrasie revient à Lothaire Ier. Metz devient la capitale du royaume
de Francie
médiane et certains conciles s’y tiennent. En 855 par le traité
de Prüm, son cadet Lothaire II en reçoit la partie nord
qu’il appellera Lotharingie.
En 925, Metz, enjeu de cette lutte, passe sous la coupe des rois de
Germanie.
En 959, après le partage de la Lotharingie par l’évêque Brunon de
Cologne,
la Haute-Lotharingie devient le duché de Lorraine. Metz et son
territoire deviennent indépendants et sont intégrés au Saint-Empire
romain germanique,
siège d’un évêché disposant du pouvoir temporel.
Metz la riche
Article détaillé : Metz au Moyen Âge.
Les portes médiévales en
Chandellerue et Sainte-Barbe dans leur état en 1856.
La cité épiscopale s’approprie peu à peu les droits d’une « ville
libre » du Saint-Empire romain germanique sans en posséder
officiellement le statut. La bourgeoisie s’enrichissant, elle fait de
Metz au XIIIe siècle une république oligarchique, gouvernée
par un collège d’échevins à la tête duquel le
maître-échevin est élu pour un an. Comme à Nuremberg, les institutions
de cette république sont
l’apanage d’un cercle de familles riches, ici regroupées à travers six
« paraiges ». À la différence de Mayence, Strasbourg ou Bâle, Metz
conserve un patriciat suffisamment
puissant pour tenir tête aux nouvelles corporations d’artisans15 du
XIVe siècle. Les XIIIe et XIVe siècles constituent l’une des périodes les plus
prospères
dans l’histoire de Metz, qui compte alors près de 30 000 habitants soit
la plus
grande concentration urbaine de Lorraine. Ses foires sont très
fréquentées et sa
monnaie, la première de la région jusqu’en 1300, est acceptée dans toute
l’Europe16.
On
reste étonné de la facilité avec laquelle les bourgeois messins ouvrent
leurs
coffres aux grands personnages de l'époque, empereurs, ducs, évêques ou
comtes.
Ainsi, Édouard Ier de Bar emprunte sans
problème en 1315 la coquette somme de 19 000 livres tournois et 112 sols
d'or à
Dame Poince, épouse de Nicolas de la Court17
Les changeurs de Metz, dont la corporation était
organisée par les évêques depuis le XIIe siècle,
prêtent eux aussi aux marchands, comme aux
princes, voire à l’empereur. L’un d’eux, Charles IV, y promulgue le 25
décembre 135618,
la
fameuse « Bulle d’or »,
réglant définitivement les élections impériales du Saint-Empire romain
germanique.
Cette richesse attise les convoitises et entraîne la cité messine dans
des
conflits récurrents avec ses voisins. Dans cette lutte d’influences,
tous les
prétextes sont valables, y compris les plus insignifiants. Après la
guerre des quatre seigneurs opposant Jean Ier de Bohême, Baudouin de
Luxembourg, Édouard Ier de Bar et Ferry
IV de Lorraine à la cité messine en 1324, Metz est de nouveau assiégée
au cours
de la Guerre de la hottée de
pommes par Charles II de Lorraine, René Ier d’Anjou et Bernard Ier de Bade en 1428, sans
succès.
En 1444, Charles VII et René d’Anjou
assiègent de nouveau la ville, réussissant cette fois à rançonner les
citains.
Le petit-fils de René d’Anjou, Nicolas de Lorraine tentera lui aussi
d’assiéger
Metz en 1473, mais avec beaucoup moins de
succès. La prospérité de la république messine décline à partir du XVe siècle. Les épidémies, et la guerre sans fin
que lui font
les ducs de Lorraine, en sont en partie
responsables.
Renaissance
Article détaillé : Siège de Metz (1552).
Portrait de la ville et cité de Metz à l’époque de la
Renaissance. Coll. Musées de Metz.
En 1552, le roi de France Henri II s’empare des trois villes
épiscopales d’Empire Metz, Toul et Verdun. Après son entrée
pacifique dans la ville libre du Saint-Empire romain germanique,
il promet de conserver les droits et usages locaux. Charles Quint
voulant reprendre ces villes
passées sous l’autorité du roi de France, il organise le siège de Metz
qui sera
défendu victorieusement par le duc François de Guise alors gouverneur de
la
ville. Le siège est levé en janvier 155319. Ce n’est cependant qu’en 1648, lors
des traités de Westphalie, que Metz
passe juridiquement sous souveraineté française, en tant que capitale de
la
province des Trois-Évêchés. Nonobstant depuis
1633, la ville est le siège d’un parlement.
Metz se transforme. Dotée d’une garnison, elle devient une place
forte du royaume de
France, tandis qu’elle continue de se développer. Vauban s’en exprime au
roi
sur le rôle qu’il lui attribue en ces termes : « Les
places
fortes du royaume défendent leurs provinces, Metz défend l’État. »20
La proximité de la Suisse et du Saint-Empire romain germanique
favorise l’adoption de la Réforme. La ville devient un important
foyer protestant qui
disparaît précocement suite à la révocation de l’édit de Nantes qui
provoque une émigration
messine vers Berlin.
Les Juifs ont été autorisés à
s’installer à Metz en 1565 — une communauté
est déjà attestée en ville du IXe au XIIe siècle, notamment à travers le talmudiste
Rabbenou Guershom, initiateur du statut juif
de la femme — et leur communauté atteint 2 400 personnes en 184221.
Les Temps modernes
Les huguenots messins sont
obligés de fuir en Hollande et en Allemagne face aux persécutions de
Louis XIV22,
ce qui
cause sévèrement préjudice à l’économie locale dont le commerce et
l’artisanat
se trouvaient presque entièrement en leurs mains.
L’émigration
messine des huguenots vers Berlin s’est traduite par un doublement de la
population de Berlin, où ils arrivaient
par milliers. Ils y établissent des temples, des écoles et des
manufactures
permettant un développement de la tannerie et du textile. La colonie
française
joue un rôle central dans le développement des arts, des lettres et de
la
technique, dans ce qui devient la Prusse, nouvelle force politique en
Europe, à l’instar
du sort analogue de Londres, Genève et Dublin. À Berlin, les Messins
participent
aussi à l’histoire des indiennes de
coton en Europe.
Au cours des dernières campagnes de Napoléon Ier, en 1814 et en 1815,
la
ville fut assiégée à deux reprises par les forces coalisées. Elle ne se
rendit
qu’à partir du moment où Napoléon signa la capitulation, lorsque la
nouvelle
atteignit Metz. Pour ne pas avoir capitulé, la ville fut surnommée la
« forteresse de l’Est ».
Article détaillé : Siège
de Metz de (1814).
En 1866 après la bataille de Sadowa, l’état-major français se rendit
compte qu’une
prochaine guerre avec la Prusse pourrait
déclencher une invasion rapide de l’est de la France. Ils savent que les
remparts de Metz ne pourront pas résister aux canons modernes prussiens
et
qu’ils manqueraient de temps pour moderniser les remparts datant de
l’époque de
Vauban. Il fut décidé
que Metz soit protégé par quatre forts situés aux endroits stratégiques
(Plappeville,
Saint-Julien-lès-Metz, Queuleu et Saint-Privat) et qui ne furent pas
terminés à temps lorsque la guerre éclata contre la Prusse en 187023.
En 1861, une Exposition
universelle ayant trait à l’agriculture, l’industrie, l’horticulture et
les beaux-arts se tient sur
l’esplanade.
La guerre
franco-prussienne (1870–1871)
Article détaillé : Siège de Metz (1870).
L’année 1870 est une année douloureuse pour les habitants de Metz.
Pendant la
Guerre franco-allemande de
1870, l’armée impériale du général français Bazaine s’est réfugiée à
Metz.
Après la bataille de Borny-Colombey le 14
août à l’est de la ville, puis celle de Saint-Privat–Gravelotte à
l’ouest le
18 août, Metz est assiégé le 20 août et
capitule le 29 octobre. Abandonné par la majorité des députés français, y
compris les députés lorrains de la Meurthe, qui ont voté à la
quasi-unanimité son annexion, la ville est rattachée au nouvel Empire
allemand le 10
mai 1871, ratifié par le traité de Francfort et devient
chef-lieu du district de la Lorraine (Lothringen) dans le
Reichsland d’Alsace-Lorraine de 1871 à 1919.
L’annexion
à l’Empire allemand (1871–1918)
Le temple Neuf de Metz (1901) et le jardin
d’Amour à l’emplacement d’un ancien bastion.
Pendant l’annexion,
et malgré le départ d’une
importante portion de ses élites et de dix à quinze mille « optants »
pour la France, la ville continue de s’agrandir et
de se transformer, dominée par la personnalité de son évêque français
Paul Dupont des
Loges, qui est élu « député protestataire » au Reichstag. L’émigration
de
mosellans vers la France, en particulier vers Nancy et Paris,
commence dès l’armistice et se poursuit
pendant une vingtaine d’années. La germanisation de la ville et de ses
habitants, inexorable du fait du renouvellement des générations et
l’installation d’immigrés allemands, se fait progressivement. Ces
derniers
deviennent majoritaires à Metz, dès les années 1890.
Comme dans le reste de la Moselle, l’enseignement du français est
supprimé
dans les écoles primaires, où les instituteurs allemands donnent
l’enseignement
en allemand. Le français est toutefois toléré, comme « langue
étrangère », dans
les établissements secondaires et dans quelques établissements
bilingues. Mais
les Messins de souche continuent logiquement à parler français en privé,
par
tradition ou par attachement à la culture française. Sous Guillaume Ier (1871–1888), on continue d’imprimer et
d’importer
des livres en français. Trois quotidiens francophones sont également
tolérés
face aux quotidiens germanophones Metzer Zeitung et Lothringer Zeitung. Le Lothringer
Zeitung24 s’adresse principalement aux immigrés allemands, commerçants,
fonctionnaires ou
militaires, et fait systématiquement la promotion du Deutschtum25. Le Metzer Zeitung (1871–1918),
journal indépendant26,
est en revanche plus critique à l’égard
des pouvoirs publics26,
preuve d’une relative tolérance du
pouvoir impérial.
Metz se transforme sous l’action des autorités allemandes qui
décident de
faire de son urbanisme une vitrine de l’empire wilhelmien. L’éclectisme
architectural se traduit par l’apparition de nombreux édifices de style
néoroman tels la poste
centrale, le temple protestant ou une nouvelle gare
ferroviaire ; de style néogothique tels le portail de la cathédrale et
le temple de garnison, ou encore de style néo-Renaissance tels le palais
du
Gouverneur. Des statues érigées à l’occasion de ces aménagements
d’édilité glorifient l’empire. Une statue équestre monumentale de
l’empereur Guillaume
Ier est dressée sur l’Esplanade, une seconde
statue
équestre toute aussi imposante du prince Frédéric-Charles est
élevée dans le jardin de Boufflers, tandis qu’une troisième statue de
Frédéric III prend
place non loin de la tour Camoufle27. Comme dans d’autres cités du reich, une tour
Bismarck, est élevée à
la mémoire du chancelier Otto von Bismarck (1871–1890) sur le mont
Saint-Quentin.
Pour ce point stratégique majeur de la défense de l’empire — il
s’agit d’un
carrefour routier et ferroviaire de premier ordre —, l’état-major
allemand
poursuit les travaux de fortification entamés par Napoléon III sous le
Second Empire. Dès 1871, le système défensif de
la ville avait profondément été corrigé, avec la construction d’une
ceinture de
forts éloignés de type « von Biehler » autour de
l’agglomération, conformément au développement des techniques d’assaut.
Lorsque
le comte Gottlieb von Haeseler prend le
commandement du 16e corps d’armée en 1890,
Metz est
devenue une place forte inexpugnable. Elle se
présente sous l’aspect d’une ville de garnison allemande animée, où se
côtoient
des Bavarois aux casques à chenille, des Prussiens et des Saxons aux
casques à
pointe et aux uniformes vert sombre, ou encore des Hessois aux uniformes
vert
clair. Cette garnison allemande oscille entre 15 000 et 20 000 hommes au
début
de l’Annexion28,
et
dépasse 25 000 hommes avant la Première Guerre mondiale29.
Aux postes de commandement, beaucoup d’officiers allemands,
appartenant à
l’aristocratie militaire prussienne, sont affectés à la place forte de
Metz, en
particulier dans le 16e corps d’armée. Ces
officiers de carrière, avides de
fêtes et de spectacles de qualité, s’installent avec leur famille à Metz30. Ils
participent ainsi à la vie culturelle locale et animent la vie mondaine
de la
cité29 :
dans les salons ou à l’opéra de Metz, où
l’on joue évidemment les oeuvres de Wagner, on rencontre alors les
Richtoffen,
les Salmuth, les Briesen, les Twardowski, les Winterfeld ou les Bernuth.
Chaque année, l’empereur Guillaume II vient dans la cité
lorraine, pour inspecter les travaux d’urbanisme et ceux des
fortifications de Metz. Ses visites
sont, pour la ville de Metz, l’occasion d’organiser des parades et des
fêtes
dignes d’un hôte impérial. Au cours d’une de ses visites, il déclare
ainsi :
« Metz et son corps d’armée constituent une pierre angulaire dans la
puissance
militaire de l’Allemagne, destinée à protéger la paix de l’Allemagne,
voire de
toute l’Europe31.
En 1914, Metz est devenue la première place forte
au monde29,32. La ville sera largement épargnée par
les
combats de la Première Guerre mondiale.
Le retour à
la
France
Après l’Armistice de 1918 et le retour à la France, la Moselle reste
traumatisée par les
déchirures de la guerre et les dommages collatéraux des nationalismes.
Les intellectuels mosellans et
messins réagiront diversement au rattachement de la Moselle à la France.
Certains s’engagent sur la voie d’un nationalisme pro-français,
revanchard et
cocardier. D’autres s’engagent sur la voie antagoniste d’un nationalisme
pro-allemand, tout aussi vindicatif et belliqueux. D’autres encore,
comme Adrienne Thomas33,
Polly
Maria Hopfer34 ou Alfred
Pellon35,
hésiteront entre un pacifisme sincère, mais naïf, et un régionalisme
culturel
identitaire36.
Ces
mouvements, plus ou moins autonomistes, seront ensuite largement
exploités par
les nazis37.
Ce
combat identitaire, souvent mené par des intellectuels idéalistes, qui
s’inscrit
parmi des courants de sensibilité à l’œuvre dans l’Europe entière,
traduit aussi
une crise d’identité propre à l’ensemble des Alsaciens-Lorrains38.
Le rôle militaire de Metz est confirmé avec le siège du commandement
de
l’état-major de la région
Est. De nombreux commerces rouvrent leurs portes. Plus de trois cents
cafés
que fréquentent assidûment les militaires, valent à la ville le surnom
de
« petit Paris de l’Est ». La population est devenue bilingue après 48
années
d’annexion, et la culture
allemande imprègne le mode de vie des Messins. Plusieurs générations
d’enfants
ont été contraints non seulement d’apprendre, mais aussi de parler
l’allemand à
l’école, sous peine de sanctions39.
Une part importante des notables messins
ont été formés à Berlin ou dans de grandes universités allemandes, comme
ce fut
le cas de Robert
Schuman.
La Seconde
Guerre
mondiale
Discours du Reichsführer SS Himmler à Metz, le 9 septembre 194040
De nouveau occupée durant la Seconde Guerre mondiale, Metz devient
le cœur du Gau Westmark,
la marche de l’Ouest du Troisième Reich. À l’encontre des accords
signés entre les deux états, le régime nazi applique de facto une
politique d’annexion à Metz ainsi que dans les territoires anciennement
annexés
dans le cadre du reichsland Elsaß-Lothringen. Le régime de Vichy se
limite alors à des protestations si discrètes qu’elles alimentent dans
la
population l’idée d’un pacte secret. L’un des premiers mouvements de
résistance en
France, l’« Espoir français », naît à Metz en juillet 1940.
L’organisation,
chargée du renseignement, travaillant avec le 2Fermer